aden - Philippe Piazzo: Le Lait de la tendresse humaine

3 juin 2017

- REVIEW

La première fois qu'on voit Christelle, c'est à travers le reflet d'une fenêtre. Les maisons, les routes, et les forêts au loin... Toute la ville semble glisser sur elle. Un monde à portée de main, que Christelle ignore. L'instant d'après, dans un sombre couloir, c'est la panique. De l'eau qui coule sur le sol. Une porte fermée qu'on n'ose pas ouvrir. Débordements... Christelle fuit – son bébé resté seul dans la salle de bains, et son mari, et ses enfants qui vont rentrer.

Christelle est perdue, puis recueillie par une voisine; c'est ensuite au film, à son tour, de la « perdre ». N'était-elle qu'un reflet ? Car c'est moins le déséquilibre de cette mère débordée que les ondes de choc provoquées par sa fuite qui nourrissent le film. Il avance ainsi, par ricochets, d'un personnage à l'autre. Rencontres éphémères, fortuites, déterminantes... C'est parfois frustrant; c'est aussi, souvent, une façon de revenir vers elle sans le savoir. Une façon timide de parler de quelqu'un en regardant les autres. Ce qui rappelle la dérive nocturne du précédent film de Dominique Cabrera, Nadia et les hippopotames, et sa fébrilité. Mais ici, le sujet a glissé du politique à l'intimité extrême. Ce qui nous rappelle aussi que Dominique Cabrera avait dévoilé son journal intime en images (Demain et encore demain).

Le Lait.. est peut-être, ainsi, entre autoportrait et désir de fiction, un film entre deux eaux. Il déroute, ou s'adresse à vous immédiatement; parce que, sur le thème de la naissance, de l'accomplissement de soi à travers les autres, de la vie qui en passe par la mort, c'est un film aussi sensible que dérangeant, aussi paumé qu'il est sûr d'une seule chose : le monde est à portée de main. A la dernière image du film, il n'y a plus de reflets entre lui et nous.

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La première fois qu'on voit Christelle, c'est à travers le reflet d'une fenêtre. Les maisons, les routes, et les forêts au loin... Toute la ville semble glisser sur elle. Un monde à portée de main, que Christelle ignore. L'instant d'après, dans un sombre couloir, c'est la panique. De l'eau qui coule sur le sol. Une porte fermée qu'on n'ose pas ouvrir. Débordements... Christelle fuit – son bébé resté seul dans la salle de bains, et son mari, et ses enfants qui vont rentrer.

Christelle est perdue, puis recueillie par une voisine; c'est ensuite au film, à son tour, de la « perdre ». N'était-elle qu'un reflet ? Car c'est moins le déséquilibre de cette mère débordée que les ondes de choc provoquées par sa fuite qui nourrissent le film. Il avance ainsi, par ricochets, d'un personnage à l'autre. Rencontres éphémères, fortuites, déterminantes... C'est parfois frustrant; c'est aussi, souvent, une façon de revenir vers elle sans le savoir. Une façon timide de parler de quelqu'un en regardant les autres. Ce qui rappelle la dérive nocturne du précédent film de Dominique Cabrera, Nadia et les hippopotames, et sa fébrilité. Mais ici, le sujet a glissé du politique à l'intimité extrême. Ce qui nous rappelle aussi que Dominique Cabrera avait dévoilé son journal intime en images (Demain et encore demain).

Le Lait.. est peut-être, ainsi, entre autoportrait et désir de fiction, un film entre deux eaux. Il déroute, ou s'adresse à vous immédiatement; parce que, sur le thème de la naissance, de l'accomplissement de soi à travers les autres, de la vie qui en passe par la mort, c'est un film aussi sensible que dérangeant, aussi paumé qu'il est sûr d'une seule chose : le monde est à portée de main. A la dernière image du film, il n'y a plus de reflets entre lui et nous.

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