Benoit Cohen : En regardant nos enfants, on s'est dit "quel sujet en or !"

28 février 2011

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"On devait adapter Tchekhov, dit le réalisateur, Benoit Cohen, et on avait nos enfants devant nous... En les regardant, on s'est dit : quel sujet en or !" Il a ainsi tourné une comédie où les amis, les ex et surtout les enfants, partout, vous font presque regretter d'avoir pris des vacances !

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Peut-on considérer NOS ENFANTS CHÉRIS comme une comédie ?Oui, puisque les spectateurs rient. C’est un long travail d’écriture qui a commencé avant LES ACTEURS ANONYMES, mon précédent film. Nous nous sommes beaucoup amusés pendant tout ce temps. J’espère que cela se sent et nous avons voulu parler avec humour de ce moment incroyable de la vie où l’on a des enfants et où tout change fondamentalement du jour au lendemain. En n’oubliant jamais que rire n’empêche pas de pleurer.

L’idée de ce scénario est née en même temps que votre premier enfant ?C’est vrai. Nous nous étions réunis avec des amis au coeur de l’Aveyron pour passer quelques semaines de vacances avec une tripotée d’enfants en bas âge. Nous avions prévu avec Eléonore Pourriat d’écrire pendant cet été-là une adaptation d’une pièce de Tchekhov. Mais très vite nous nous sommes rendus compte qu’il se jouait sous nos yeux un vrai moment de comédie. Un moment de vie unique qu’on ne pouvait laisser passer. Nous avons décidé que Tchekhov pouvait attendre et nous nous sommes mis à écrire au quotidien une chronique de la vie de jeunes parents débordés par leur nouvel état. C’était à la fois absurde, décalé, drôle, dramatique… Le premier jet avait un côté très documentaire. Plus tard, après LES ACTEURS ANONYMES, nous avons repris ce projet en y ajoutant un fil rouge, l’histoire des ex, le transformant en une vraie fiction.

Vous avez laissé les comédiens improviser ?Non. Quand ils voulaient changer le texte, je m’y opposais quasiment systématiquement car cela devenait approximatif. Le film est peut-être léger, simple et drôle, mais c’est très écrit. je voulais aussi, comme pour LES ACTEURS ANONYMES, dont on retrouve une grande partie des comédiens, travailler sur une certaine spontanéité. D’autant que des acteurs comme Romane ou Mathieu n’aiment pas tellement répéter et sont très bons dans les premières prises. Ils ont un naturel incroyable.Pourquoi remerciez-vous Claude Chabrol au générique?C’est une sorte de parrain. Je l’ai connu lors de la sortie de mon premier long-métrage, CAMÉLÉONE, par l’intermédiaire de mon ami François Guérif… Nous avons sympathisé, depuis il m’a beaucoup aidé. Après CAMÉLÉONE, j’avais plein de projets, surtout des polars très noirs, donc très durs à monter, dont l’adaptation de “A cause de la nuit” de James Ellroy. Chabrol me disait que l’important était de tourner, qu’il ne fallait pas que je bloque sur un film, il fallait que je prenne une caméra et que je me jette à l’eau. Enfin que c’est en réalisant des films qu’on arrive à en réaliser d’autres. Ça paraît con, mais c’est dans cet esprit qu’on a fait LES ACTEURS ANONYMES, à l’arraché, ce qui nous a ensuite permis de faire Nos enfants chéris… Je pense donc souvent à lui.

N’y a-t-il pas un côté Truffaut dans le dénouement de NOS ENFANTS CHÉRIS ?Truffaut est évidemment une référence : je pense constamment à ses films, qui sont d’une incroyable humanité. Mais pour NOS ENFANTS CHÉRIS, nous avons surtout pensé à Sautet, notamment CÉSAR ET ROSALIE que l’on a revu plusieurs fois pour l’émotion extrême qui se dégage des petites choses de la vie. Mais ce qui me fascine le plus chez Truffaut c’est sa capacité à faire rire et à émouvoir en même temps.