Cannes 2012 — Gustave Kervern, Benoît Delépine : "On est punk, un peu"
Entretien avec les réalisateurs du film Le Grand Soir avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, section Un Certain Regard 2012

CHABROL, PIALAT ET LES AUTRES…
Benoît Delépine : Tous les gens cités au début du générique du Grand Soir sont ceux qui ont participé à nos films, qui sont malheureusement morts depuis et qui avaient un côté punk. Chabrol, « bizarrement », en fait partie. Je l’avais rencontré plusieurs fois dans ma vie : c’était un esprit libre, avec des points de vue détonants. Il avait un humour incroyable et dans l’oeil, cette pointe d’ironie absolue qu’il fallait parfois décrypter. C’était quelqu’un de bien. Il ne se prenait pas au sérieux et n’hésitait pas à se critiquer…
Gustave Kervern : Au générique, on a tenu également à remercier des gens qui ont compté pour nous. Y compris anonymes, comme un clochard qui habitait en bas de chez moi, Joe l’indien. Il avait un rire extraordinaire et on l’avait fait tourner dans Avida ; deux copains qui bossaient à« Groland » qui ont disparu ; des gens que l’on a découverts par hasard sur internet comme Paulo Anarkao….
Benoît Delépine : Il y a un livre qui va sortir, « De Groland au Grand Soir », où l’on explique qu’on se sent plus proche de cinéastes comme Jean-François Stévenin, d’un cinéma ambitieux, libre, simple, et dont le charme tient au fait que le film a été fait dans des conditions un peu limites.
Gustave Kervern : J’aime beaucoup de choses dans le cinéma français : récemment, j’ai revu Un mauvais fils de Claude Sautet, que je trouve génial. Bertrand Blier aussi... On fait du cinéma de manière empirique. C’est plus difficile de faire des films comme ça, parce que tout le monde est terrorisé par le résultat, les entrées…
Benoît Delépine : Avec nous, tout se décide au dernier moment.Sur nos cinq films, on s’est débrouillé pour échapper un peu à tout ce système, lié par exemple au poids des chaînes de télévision. C’est une question de chance aussi. On rend notre travail à l’arrache tout en disant « On a Depardieu, c’est maintenant ou jamais ! »,« Poelvoorde et Dupontel sont d’accord ! », alors que le scénario n’est pas complet. C’est un Rubik’s cube auquel il manque de petites cases, mais on fonce quand même. Cela peut se passer ainsi, parce que ce sont des films qui ne coûtent pas cher.