Ce qu'il reste de révolte : un film châtoyant et amer

28 février 2011

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Myriam Mézières revient sur le désir qui donna lieu à Fleurs de sang, son premier long-métrage (co-réalisé avec Alain Tanner) : "il m'est apparu que je n'avais pas le droit de tuer en moi ce qu'il restait de révolte et d'énergie juvénile."

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Fleurs de Sang se veut un film à la fois chatoyant comme certaines soies orientales et amer comme le parfum laissé sur vos doigts par les coquelicots, ces Fleurs de sang qui préfèrent mourir que de se laisser cueillir. Nos deux héroïnes, Lily et Pam, sont deux fleurs du même sang, de ces fleurs qui poussent au soleil de la rébellion.

Belles - re-belles pas tout à fait criminelles...

Très tôt, il m'est apparu que le fait divers conté par Fleurs de sang ne devait pas être simplement saisi par le regard froid d'une caméra objective, impartiale. Que je n'avais pas le droit de tuer en moi ce qu'il restait de révolte et d'énergie juvénile. Qu'il me fallait au contraire violemment revendiquer la méchanceté, la cruauté et la parenté qui me reliaient viscéralement à cette histoire. Voilà. Cela a donné des images crues, volontairement dépouillées contrastant parfois avec une vision plus lyrique ou baroque. C'était la seule solution pour rendre compte avec authenticité des personnages un peu démesurés mais aussi étrangement faibles et humains de cette histoire.

Difficile de parler de filmage, sans aborder la particularité de ce film qui fut tourné en co-réalisation. Comment concilier que deux personnalités distinctes, ayant un rapport au « réel » absolument différent se fondent en une vision commune, capable d'assurer l'unité du film ?

Ce défi a pu être relevé grâce à un désir et une énergie mutuels qui ont permis de balayer pas mal d'ego et de difficultés.

Fleurs de Sang est une rencontre entre deux artistes, certes différents mais curieusement complémentaires, et également plusieurs producteurs [Alain Tanner, Paulo Branco et Marta Esteban] ayant conservé assez de « fraîcheur » pour comprendre qu'ils avaient là l'occasion de fabriquer un petit objet compact qui risquait de briller d'un éclat étrange et obstiné.

Myriam Mézières

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