Du bon usage de l'entre deux

28 février 2011

- ARTICLE

Entre le manque et les mots. Entre la mort et la vie. Entre le réalisme et la métaphore... Trois petites confessions de Dominique Cabrera.

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> Entre le manque et les mots.« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé… Souvent, ce vers résonnait dans mon esprit en préparant ce film. Quand j’ai vu le film terminé, j’ai entendu comme une réponse au vers de Lamartine. Josiane, après l’amour, murmure à Jean-Claude : « Tu me manquais, je ne le savais pas ». Il m’est apparu alors que le trajet du film comme celui de son personnage principal, Christelle, se déroulait entre l’évanouissement et l’amour, entre le manque et les mots ».

> Entre la mort et la vie.« Nous sommes faits des autres. Dans ce film sur le gouffre qui s’ouvre dans le cœur d’une mère, il me fallait à la fois tenir le fil du manque, de la mort et celui de la vie, la vie forte, souveraine, irrésistible, qui nous traverse tous et quelquefois nous renverse à l’occasion d’une naissance. C’est pour cela que j’ai placé, au cœur du film, une scène d’amour filmée comme un accouplement archaïque dans un décor de commencement du monde. »

> Entre le réalisme et la métaphore.« Christelle (Marilyne Canto) s’évanouit dans les escaliers ; elle tombe dans les bras de sa voisine (Dominique Blanc). Un verre d’eau, un peu de repos et puis des mots, un espace partagé. Claire, la voisine devait exister à la fois pour elle-même et comme une projection des cauchemars de Christelle. Elle est d’abord une bonne fée qui ouvre sa porte puis une femme bouleversé par ce qui résonne en elle à l’écoute de Christelle, puis une femme défaite qui cherche un homme à interposer dans le vertige féminin puis une femme qui comprend quelque chose d’elle-même indirectement éveillée par la rencontre de Christelle. Elle devient souveraine. Cette rencontre permet à Christelle de parler, de dire son mot. Jusque là, elle a été une personnalité pliée au désir des autres, sage, modèle. Cette crise, c’est l’occasion qu’elle a de voir émerger de ses difficultés sa propre identité. Chez Claire, Christelle se repose, elle régresse, elle commence à se recomposer. On peut dire aussi qu’elle attend que les certitudes de son mari se soient décomposées. Laurent (Patrick Bruel) cherche sa femme, puis il cherche à comprendre qui elle est, puis il ne sait plus et il l’attend. C’est alors seulement que, comme dans un conte, elle apparaitra. Laurent est le prince charmant de cette Belle au bois dormant. Le film est là, entre les rencontres et le conte, entre le réalisme et la métaphore. »

Dominique Cabrera

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