Ducastel et Martineau : Faire une comédie musicale avec ce qui nous fait peur. Formidable !

28 février 2011

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Pour leur premier film, Jacques Ducastel et Olivier Martineau ont réussi une comédie musicale à la Jacques Demy. Un fond grave mais beaucoup de légereté. Le sida, la séparation, le militantisme... tout ça en chantant, et en ne parlant que d'amour et de joie de vivre.

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Jacques Ducastel : [formidable]... j’aime beaucoup ce mot. Etymologiquement, formidable veut dire «ce qui fait peur». Les rencontres les plus fortes ont lieu avec des gens formidables qui nous subjuguent et donc font peur.

Olivier : Quand on a cherché un titre, je désirais vraiment pour une question de sonorité que ce mot soit dans le titre. Il y a plusieurs couleurs dans le film et je trouvais que c’était beau d’annoncer cette couleur là, celle de formidable !

Jacques : Nous avons voulu faire un film à la fois triste et joyeux sur le plaisir de vivre, un film qui chante la beauté de la vie et l’horreur du sida, un film qui murmure avec insistance : ça vaut la peine de vivre, alors faites attention à vous… (…) ce qui est sûr, c’est que l’idée de départ était de faire une comédie musicale et que la seule histoire qu’il m’importait de raconter était celle-ci, j’ai mélangé les deux et je n’ai jamais eu aucun problème avec ça.Olivier : Je suis comme vous vous en doutez un fan, un fou des films de Jacques Demy et, si j’apprécie les comédies musicales américaines, elles m’ennuient parfois un peu, peut-être parce qu’elles ne sont le plus souvent que des divertissements. On peut chanter des choses tragiques à l’Opéra pourquoi pas dans une comédie musicale ?Jacques : Jeanne n’est pas une marginale, elle est juste une jeune fille d’un milieu populaire comme le plus grand nombre d’entre nous d’ailleurs. Olivier : La première vraie rencontre amoureuse de sa vie avec Olivier va l’ouvrir à une autre dimension de la vie, au don, à la perte, et en ce sens son parcours est celui d’une initiation. je trouve important que le personnage de Jeanne ne souffre d’aucun préjugé. Quand Olivier lui annonce qu’il est séropo, elle lui répond «c’est pas grave, on a mis des préservatifs ». Ca peut sembler d’une légèreté effroyable mais c’est charmant et surtout aimant, au fond le sida, ça ne change rien et ça change tout.

Jacques Ducastel :  J’ai écrit «Jeanne et le garçon formidable» tout seul, très vite, dans un quasi état d’urgence  alors que je militais à ActUp depuis plusieurs années. Militer à ActUp est évidemment une excellente façon d’aborder la question du sida, mais cela ne résout pas tout. Je n’avais pas envie de faire un film sur le militantisme : il y a de très beaux documentaires là-dessus.  Je voulais raconter de la façon la plus crue possible ce qui nous est arrivé à nous, à notre génération...