19 SEPTEMBRE 2023

Entretien avec Bastien Bouillon - Le Horla

Entretien avec Bastien Bouillon - Le Horla

Quel rapport entretenez-vous avec la nouvelle de Maupassant ?

Bastien Bouillon : La première chose que ce texte m’évoque, c’est la couverture de la nouvelle en édition poche, avec ce tableau de Gustave Courbet où un homme se tient les cheveux avec un regard halluciné (Le Désespéré, Ndlr). J’avais dû l’étudier au collège mais je l’ai redécouvert à la faveur de ce projet et l’ai beaucoup aimé. Cela dit, l’adaptation est très loin de la nouvelle, y compris socialement, donc je me suis plutôt attelé à m’imprégner du scénario.

Comment avez-vous nourri le personnage de Damien ?

Bastien Bouillon : J’ai écouté beaucoup d’interviews radio, regardé des documentaires et des films sur la schizophrénie. Cela dit, les personnes atteintes de cette maladie en témoignent dans les moments hors crise, où elles sont sédimentées… Il ne fallait donc pas amener les choses de manière trop forte, essayer d’être avec le personnage, en compassion avec lui, dans ses angoisses, dans sa peur.

Quels ont été les défis du rôle ?

Bastien Bouillon : Damien est dans la découverte, il n’est pas au courant qu’il est atteint de cette maladie… et vit sa première crise psychotique. Le gros enjeu du rôle a été de ne pas vulgariser la folie et de voir comment tricoter au jeu une partition réaliste. Au moment de la crise, la présence malveillante est véritable pour mon personnage, il fallait donc que ce soit une vérité pour lui. J’avais la liberté de voir et d’entendre ce que je voulais, puis la création sonore est venue nourrir mon jeu a posteriori, matérialiser le Horla. En regardant le film, on pense d’office à ce que l’on a pu vivre collectivement, dans notre isolement, lors du confinement…

Est-ce quelque chose que vous avez transposé au jeu ?

Bastien Bouillon : J’ai très bien vécu le fait que le monde s’arrête lors du premier confinement, ça m’a permis de me retrouver en famille et avec moi-même. En revanche, lors du second confinement, j’ai davantage eu le sentiment, avec le froid, d’être enfermé dehors et de ne pas avoir de lieu de convivialité dans lequel me réfugier. Et puis il y a une certaine violence, une intranquilité, après un tournage ; on partage la vie de l’équipe et du jour au lendemain, on se quitte. Les choses résonnent encore, on est à la fois habité et seul, on navigue dans des micro-oscillations de vide et de plein. Dans Le Horla, Damien a l’impression de sentir une présence malveillante et s’y attaque mais il est important d’avoir en tête qu’il existe autant de schizophrénies que de schizophrènes.

Comment avez-vous abordé ce tournage pour la télévision ?

Bastien Bouillon : Je suis très fier de faire des films pour la télévision. Le rythme plus ramassé imposé par ce type de tournage m’a en quelque sorte aidé pour ce rôle. La cadence sportive m’a permis de trouver de la fatigue, de la fragilité. Marion vient du cinéma et s’est très bien adaptée, notamment parce que nous avions travaillé sérieusement en amont. Elle savait demander des prises supplémentaires quand ça ne lui convenait pas mais aussi se satisfaire de ce qui était réussi de manière rapide. J’ai pu trouver de la liberté, m’amuser, malgré cette cadence.

Propos recueillis par Laura Pertuy