19 SEPTEMBRE 2023

Entretien avec Marion Desseigne-Ravel - Le Horla

Entretien avec Marion Desseigne-Ravel - Le Horla

Par quels aspects cette adaptation moderne du Horla vous a-t-elle séduite ?

Marion Desseigne-Ravel : Lorsque, juste après le confinement, le scénariste Olivier Fox m’a contactée, j’ai relu ce texte qui m’avait marquée au collège. Nous sortions d’une période où nous avions été bloqués dans nos appartements avec l’impression parfois de devenir un peu fous, et j’ai trouvé que le texte regagnait une actualité par rapport au climat ambiant. Nous avons essayé de respecter l’esprit plutôt que la lettre, d’être fidèles à ce que traverse le personnage de Maupassant : un certain sentiment d’étrangeté. Alors que le soleil brille, que l’on a l’impression que tout va bien, un courant d’air froid passe et nous voilà rattrapés par une angoisse, sans savoir d’où elle vient. Nous avons voulu rendre compte de ce cheminement du personnage, de cette sensation de bizarrerie qui s’accentue jusqu’à devenir omniprésente..

L’immeuble que le couple et leur fille habitent est un personnage à lui seul…

Marion Desseigne-Ravel : Le Horla de Maupassant est un monologue. Tout se passe dans la tête du narrateur, sans notion d’espace à part une brève visite au Mont Saint-Michel. Il y avait donc tout à construire. Faire parler les lieux m’intéresse. Très vite est venue cette idée d’associer la névrose de Damien à l’immeuble, à l’espace qui se réduit alors que l’angoisse du personnage, elle, se propage. En cherchant un site moderne et graphique, nous sommes tombés sur cette tour récente sur les bords du Cher, à Tours, isolée du reste de la ville. L’horizontalité du fleuve, avec la notion, importante chez Maupassant, que le Horla peut venir de l’eau, contraste avec la verticalité de la tour.

On ne sait jamais si Damien est en train de devenir fou ou si rôde une présence malveillante…

Marion Desseigne-Ravel : Je voulais que le spectateur achève le film en ayant en tête ces deux possibilités. J’ai écouté énormément d’émissions sur la schizophrénie, avec l’idée de travailler sur une immersion dans la psyché de Damien, en évitant l’écueil de trop en faire, de jouer la folie. D’un autre côté, j’ai aussi versé dans le film fantastique. C’est d’ailleurs l’ambiguïté de la nouvelle de Maupassant. Sans être autobiographique, elle est très personnelle : il est mort de la syphilis, maladie qui lui a causé des accès de délires.

Comment avez-vous travaillé avec Bastien Bouillon, qui interprète Damien ?

Marion Desseigne-Ravel : Cela fait un moment que je suis son travail d’acteur, y compris dans les courts métrages. Il ne se situe pas dans une masculinité traditionnelle, et apporte une douceur, une fragilité, au personnage. Je donne une ligne dramaturgique aux comédiens, certaines étapes par lesquelles ils doivent passer et une visée, mais à l’intérieur de cette trame, ils ont toute latitude pour reformuler, s’approprier les dialogues... Bastien propose énormément de choses, ce qui a été une grande richesse pour le film.

Propos recueillis par Laura Pertuy