Épopée dans la taïga

10 février 2020

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Ethnographe et cinéaste spécialiste de la Mongolie, Hamid Sardar signe avec Le cavalier mongol un documentaire aux images somptueuses mettant en scène un dompteur de chevaux aux prises avec d’impitoyables bandits. Entretien.

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En quoi la Mongolie vous attire-t-elle ?

Hamid Sardar : Je suis amoureux de cette culture nomade, l’une des dernières de la planète. Elle me permet de réfléchir à ce que nous, Occidentaux, avons perdu en devenant sédentaires et urbains, en nous entourant de murs et de clôtures. J’essaie de témoigner de cette culture avant qu’elle ne disparaisse. Ce mode de vie héroïque imprégné de sagesse et de légendes face à une nature somptueuse mais brutale mérite à mon sens d’être filmé en employant les moyens du cinéma. J’ai voulu mettre en scène une épopée humaine afin de nous permettre de rêver, de nous identifier à ces bergers, chamans et chasseurs, et de nous donner envie de protéger cette culture et cette nature.

 

Pourquoi avoir choisi le cavalier Shukhert comme personnage principal ?

Hamid Sardar : Parce que c’est à la fois un héros et un antihéros, un peu justicier et un peu voleur de chevaux. Lorsque je l’ai rencontré sur le tournage d’un précédent film, j’ai remarqué qu’il possédait des talents incroyables, un cran au-dessus de ceux des autres. Il parvient à dompter les chevaux les plus sauvages sans jamais montrer sa peur et en usant de douceur. Ce mélange unique incite des chevaux qui d’ordinaire ne se laissent jamais monter à lui faire confiance. Il nous a fallu nous adapter à sa grande mobilité, notamment lorsqu’il part à la poursuite des bandits qui ont dérobé ses bêtes dans la montagne. Quand la jeep et la camionnette chargées de matériel ne pouvaient plus passer, nous étions à cheval et je tenais la caméra. Malgré ce dispositif léger, le tournage s’est avéré difficile, car Shukhert disparaissait parfois plusieurs jours pour chercher ses montures.

 

Votre film dévoile aussi l’évolution de la culture du banditisme et, à travers elle, la manière dont la société mongole se transforme…

Hamid Sardar : En effet. Auparavant, les chevaux sauvages suscitaient des rivalités tribales et revêtaient un caractère sacré. Aujourd’hui, ces animaux attisent la convoitise d’un nouveau type de bandits qui n’a aucune admiration pour eux. Ils les abattent et ils vendent leur viande, très appréciée par les Mongols mais aussi les Russes et les Chinois. Devenu un enjeu purement commercial, sous l’effet de l’économie de marché, le cheval est en train de perdre sa dimension quasi totémique.

 

Propos recueillis par Laure Naimski