Galère, amour et fantaisie - Temps de chien !

4 novembre 2019

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Avec sa tragi-comédie "Temps de chien !", sacrée meilleur téléfilm au Festival de La Rochelle, Édouard Deluc creuse le mélange des tons qu’il affectionne et offre à Philippe Rebbot un mémorable rôle de capitaine de bateaumouche à la dérive. Entretien.

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Le déclassement

“Un des points de départ du projet est un témoignage entendu à la radio fin 2012, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Un homme racontait comment, deux ans après avoir perdu son boulot de chauffeur-livreur suite à la crise de 2008, il en était venu à loger dans sa voiture avec sa femme et ses deux enfants adolescents. Ce récit, tout simple, très brut, m’a marqué par son humanité, sa dignité. Le déclassement, c’est une menace qui touche tous les individus. Une violence sourde qui me semble peser de plus en plus lourd sur les épaules des gens. À la même époque, je me suis retrouvé à observer des bateaux-mouches qui manœuvraient dans une écluse sur laquelle donnait le jardin d’enfants où j’amenais ma fille. J’y ai vu très vite un univers à explorer, une forme de légèreté apparente qui cachait probablement une réalité au travail plus complexe. La silhouette de Philippe Rebbot, qui m’accompagne sans cesse, s’est glissée dans le costume d’un capitaine à la dérive. Tous les éléments se sont agrégés pour dessiner les premiers contours du film.”

 

Les coulisses de la ville-musée

“Paris est une ville somptueuse, qu’on offre à voir au monde entier, mais dans les coulisses, les souffrances sont réelles. Violences sociale et économique, cherté de la vie, air vicié, pression immobilière… J’aimais bien l’idée de confronter le Paris carte postale des bateaux-mouches et la métropole moderne, asphyxiante, où chacun s’agite en tous sens pour sauver sa peau, accomplir son destin… et où on fait du Airbnb pour s’en sortir. Ce décor à deux facettes était intéressant à filmer. Jean incarne cette dualité : sous le beau costume du capitaine, il y a aussi un homme victime de la pression économique et sociale, qui lutte pour rester digne.”

 

Combinaison d’énergies

“Avec Philippe Rebbot, c’est le troisième film que nous faisons ensemble. C’est un ami, un poète rare. Il a une élégance folle, celle qui consiste à faire jaillir l’humour de la mélancolie. Il y a chez lui le fantôme de comédiens qui ont hanté mon enfance, Pierre Richard ou Patrick Dewaere. Des présences bien différentes évidemment, mais toutes deux fondatrices de mon désir de cinéma. Dans Temps de chien !, il se montre très grand acteur, précis, généreux, dans un alliage précieux d’abandon et de maîtrise. Comme c’est un film de duo, il fallait aussi trouver la bonne combinaison d’énergies entre les partenaires. Je suis comblé par la composition de Pablo Pauly, qui a complètement électrisé le personnage de Victor. Depuis mes débuts, j’essaie de raconter la détresse de personnages sous une forme quelque peu burlesque. J’aime bien le terme de ‘fantaisie dramatique’ pour définir l’équilibre que je recherche entre comédie et tragédie.”

 

Propos recueillis par  Jonathan Lennuyeux-Comnène