Interview de Alice Schwarzer - Conversation avec Romy Schneider

6 septembre 2018

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Dans le cadre de la programmation "Romy Schneider" sur ARTE, retrouvez l'interview de la réalisatrice de "Conversation avec Romy Schneider"  - ARTE Magazine n° 38 - Jonathan Lennuyeux-Comnène

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Journaliste et militante féministe de renom, Alice Schwarzer a rencontré Romy Schneider en 1976, pour un entretien intense et émouvant, dont l’enregistrement fait aujourd’hui la trame d’un documentaire de Patrick Jeudy.

 

Entretien.

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Romy Schneider ?

Alice Schwarzer : nous avons d’abord fait connaissance par écrit. C’était en 1971, alors que je m’apprêtais à publier l’équivalent allemand du manifeste dit “des 343 salopes”. Lorsque je l’ai sollicitée, elle m’a répondu immédiatement en affichant son soutien total. Notre deuxième rencontre a eu lieu le 12 décembre 1976. Je lui avais demandé un entretien pour la sortie du premier numéro d’Emma, le mensuel féministe que je publie encore aujourd’hui. L’idole Romy Schneider m’intéressait parce qu’elle incarnait tous les fantasmes allemands : la jeune vierge dans Sissi, la putain qui avait trahi l’homme allemand pour partir avec Alain Delon, revenue ensuite au pays pour être “une bonne mère” avant de finir en France comme une grande star mais une femme malheureuse...

 

Pourquoi vous a-t-elle “choisie” pour cette confession ?

 

A.S. : Mon livre sur le rôle de l’amour et de la sexualité dans l’oppression des femmes, La petite différence et ses grandes conséquences, m’avait taillé une réputation scandaleuse. Je crois que cela lui plaisait, et qu’elle me faisait confiance. J’étais une féministe prête à en découdre, susceptible de la venger dans un pays qui l’avait blessée. Mais au cours de la discussion, les rôles se sont brouillés et elle m’a parlé comme à une amie. Si j’avais publié l’entretien tel qu’il s’est déroulé, en 1977, j’aurais eu l’impression de la trahir. Elle avait tellement souffert de la manière dont les journalistes exploitaient sa vie... J’ai attendu 1998 pour évoquer ce qui s’était vraiment dit ce soir-là, dans ma biographie de Romy*.

 

Que gardez-vous aujourd’hui de cette rencontre ?

 

A.S. : Elle continue de me toucher. En réécoutant l’enregistrement original pour les besoins du film, j’étais très émue. J’ai fait beaucoup d’entretiens dans ma vie de journaliste, avec des femmes très charismatiques. Mais avec Romy, il y a eu quelque chose de spécial. C’était une femme déchirée : en tant que star, idolâtrée en public et seule en privé ; en tant qu’Allemande portant le poids du passé nazi de sa famille ; en tant que comédienne, contrainte d’attendre des années avant d’avoir les rôles qu’elle souhaitait. On parle toujours beaucoup d’elle aujourd’hui et ce n’est pas un hasard. Son destin incarne des conflits auxquels beaucoup de femmes modernes s’identifient. Elle ne nous quitte pas, elle ne me quitte pas.

 

*Romy Schneider intime

(Romy Schneider, Mythos und Leben) paraît en France à l’occasion du 80anniversaire de la naissance de l’actrice (Éd. L’Archipel)