Karin Viard : "Une histoire maligne et brillante"

28 février 2011

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"Les Ambitieux" était la deuxième collaboration de Karin Viard avec Catherine Corsini. Elle avait pourtant juré qu'on ne l'y reprendrait plus, raconte-t-elle.

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C’est la deuxième fois que vous travaillez avec Catherine Corsini. Comment se sont passées les retrouvailles ?Karin Viard : Après La Nouvelle Eve, je m’étais juré qu’on ne m’y reprendrait plus ! Je plaisante à moitié : le tournage des Ambitieux s’est déroulé de manière beaucoup plus agréable et joyeuse, sans doute parce qu’on avait un film en commun dans les pattes et qu’on se connaissait mieux. On s’est jeté dans les bras l’une de l’autre et j’ai appréhendé notre travail avec beaucoup plus de confiance et de liberté. Catherine est âpre mais il suffit de savoir la prendre. Et puis elle a une qualité rare chez les metteurs en scène : elle ne veut pas tout maîtriser, elle sait accueillir les propositions de jeu des acteurs.

Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario ?L’histoire me plaisait, j’ai tout de suite dit oui à Catherine, qui avait écrit le rôle de Judith en pensant à moi pour l’interpréter. Les Ambitieux est une histoire structurée, foisonnante, maligne et brillante. Elle n’étire aucune ficelle. C’est rare de trouver une telle efficacité d’écriture dans le cinéma français. Et puis il a cette manière de lorgner du côté de la comédie américaine. Ce que j’aime dans l’univers de Catherine, c’est que ses personnages ne sont jamais manichéens. Elle n’a pas peur de mettre en scène des caractères antipathiques, pas aimables. On retrouve en Judith le côté culotté et mal élevé de La Nouvelle Eve mais il me semble que le film va plus loin. Sans doute parce que nous avons vieilli toutes les deux ! Judith n’est pas une jeune fille, c’est une femme. Cette maturité nouvelle me permettait de jouer une autre partition.

Judith est une femme très contemporaine…On me disait avant que j’étais très représentative des femmes trentenaires de mon époque… On va me dire maintenant que je suis représentative des quarantenaires ? Cette femme ambitieuse, prête à tout balayer sur son passage pour avoir du pouvoir n’est pas propre à notre époque. Elle existe depuis que les femmes ne sont plus seulement les épouses de leurs maris. Moi, je trouve surtout que Judith est un personnage de fiction très bien écrit. Judith a ses aspérités, ses failles, ses défauts. On retrouve cette complexité dans le personnage de Julien et jusque dans les personnages secondaires.

Judith est éditrice. Comment vous êtes-vous approprié ce milieu ?Je ne me suis pas formulé les choses ainsi. Je ne me suis pas dit que j’interprétais une femme éditrice mais une femme qui a le pouvoir. Judith pourrait très bien être chef d’entreprise, cela ne changerait pas grand chose. Judith est un personnage odieux dont personne ne discute l’autorité. Elle a l’arrogance des gens de pouvoir.

Incarner cette antipathie ne vous faisait pas peur ?Bien au contraire ! Dans la vie déjà, je n’aime pas les gens qui veulent absolument plaire. Alors au cinéma, cela ne me dérange pas d’interpréter des personnages très négatifs, gênés aux entournures. Ce sont eux qui portent une souffrance, pas les gens bien dans leur peau. Judith se vautre dans l’injustice et la mauvaise foi, elle s’est construite sur des barrières sensées la protéger. Jusqu’au jour où elle rencontre un homme qui vient s’inscrire dans ses failles. Des failles qu’il a instinctivement senties.

Ces failles la font vaciller jusqu’à la chute, lors de la découverte des photos… Votre jeu traduit soudain une émotion plus violente…Judith s’est construite sur l’idée qu’elle avait une mère, mais pas de père. En tous cas que celui-ci l’avait abandonnée, reniée. Et puis elle tombe amoureuse et ce moment correspond justement à une révélation : son père n’était pas ce qu’elle croyait qu’il était. Quand Judith découvre les photos d’elle enfant dans le portefeuille de son père, c’est l’image de la relation au père et, plus généralement, l’image des hommes sur lesquelles elle vivait depuis 40 ans qui s’écroule. Les larmes qu’elle verse à cet instant-là sont bien plus que des larmes sentimentales : ce sont les larmes de la déconstruction. En tous cas, c’est comme ça que je les ai jouées.

Judith est parfois antipathique mais elle a également un côté très glamour…Catherine avait très envie d’exploiter ma féminité et j’avoue que j’étais très flattée ! Catherine sait rendre les filles jolies. Elle aime explorer leur féminité, leur mettre des hauts talons et du rouge à lèvres. Sans doute est-ce sa façon de se projeter dans ses actrices. J’aime le regard qu’elle porte sur moi. Je sens sa complicité et son amour, et en même temps son côté un peu vache ! Catherine est quelqu’un de super-dur… qui est super-tendre.

C’est la première fois que vous travailliez avec Eric Caravaca…Oui mais je le connaissais déjà très bien : Eric est un ami d’enfance. La familiarité a été immédiate. Eric est un chouette partenaire, agréable, authentique et sensible. Nous étions dans le même rythme de jeu, la même façon de prendre la balle, de la renvoyer.

Et Gilles Cohen ?Il avait un rôle très dur à incarner, d’autant plus qu’il n’avait que quelque scènes pour le faire. Simon, son personnage, est l’archétype de l’acteur tellement acteur qu’il en devient borderline. Il est à la fois drôle et effrayant.

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