Ku Klux Klan - Réflexes klaniques

13 octobre 2020

- ARTICLE

Dans un documentaire fouillé, David Korn-Brzoza retrace l’histoire du Ku Klux Klan pour mettre en lumière son héritage, enjeu clé de la présidentielle américaine selon Mark Potok*, l’un des experts interrogés dans le film.

Image illustrating article Ku Klux Klan - Réflexes klaniques

Le Ku Klux Klan appartient-il aujourd’hui au passé ou au présent de l’Amérique ?

Mark Potok : Il se réduit à une trentaine de groupuscules, comptant au plus 5 000 fidèles qui s’accusent mutuellement de trahir l’héritage, et appartient à la vaste nébuleuse d’une extrême droite qu’il ne domine plus. Mais sa violence et son racisme, qui s’enracinent dans l’histoire exceptionnellement longue et brutale de l’esclavage, puis de la ségrégation, continuent d’irriguer des portions importantes de la société. Aujourd’hui, ce passé que le pays n’a jamais véritablement su regarder en face nous revient en pleine figure, au point de se trouver au cœur de l’élection présidentielle de novembre.

 

Donald Trump a-t-il donné un second souffle au racisme d’extrême droite ?

Mark Potok : Il cherche délibérément à attiser les peurs et les haines ancrées dans un imaginaire raciste. Plus largement, il a su catalyser l’angoisse d’un grand nombre d’Américains blancs face aux bouleversements économiques, sociaux et culturels massifs que nous traversons. Le ravage de pans entiers de l’industrie du fait de la mondialisation y contribue, de même, par exemple, que la légalisation des mariages entre personnes de même sexe par la totalité des États de l’Union, qui semblait encore impensable il y a quinze ans. Le fait que les Blancs, qui représentaient 90 % de la population en 1950, en constitueront moins de 50 % d’ici à vingt-cinq ans la renforce. Enfin, le racisme a augmenté de façon significative au sein de la population blanche durant les deux mandats de Barack Obama. Donald Trump est l’incarnation de cet esprit de revanche.

 

Pensez-vous qu’il peut l’emporter une fois de plus ?

Mark Potok : La seule chose que l’on puisse prédire, c’est que s’il est réélu, la situation ne pourra qu’empirer. Il me semble que nous nous trouvons à un point de basculement. Mais même si nous passons à côté de l’occasion, ce nationalisme blanc ne peut empêcher la société d’évoluer. Les mariages mixtes n’ont jamais été aussi nombreux, et chaque année, davantage d’Américains non blancs arrivent en âge de voter, ce qui, à terme, le reléguera inéluctablement dans le passé.

 

Propos recueillis par Irène Berelowitch

 

*Mark Potok est un expert de l’extrême droite américaine au sein du Center for Analysis of the Radical Right, en Alabama.