L'Humanité - Laurent Etre, 24/01/2017: Hissein Habré, une tragédie tchadienne

7 juin 2017

- REVIEW

Le 30 mai 2016, l’ex-dictateur, qui s’était réfugié au Sénégal, a été condamné à la prison à perpétuité. L’épilogue d’un long combat judiciaire mené par une association de victimes, présidée par Clément Abaïfouta. C’est celui-ci qui conduit Mahamat-Saleh Haroun auprès d’anciens détenus, revenant, parfois au travers de confrontations avec leurs bourreaux d’hier, sur les horreurs endurées dans les geôles du régime, où près de 40 000 personnes ont trouvé la mort. Les témoignages face caméra sont édifiants, souvent insoutenables. La police politique de Hissein Habré, appelée Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), pratiquait toutes sortes de tortures, décrites ici par le menu. « C’est là-bas que j’ai vu que l’enfer pouvait exister sur terre », lâche l’un des survivants rencontrés.

Ce qui frappe, aussi, c’est le courage et la dignité de toutes ces femmes et de tous ces hommes condamnés à vivre au quotidien avec des séquelles, tant psychologiques que physiques, et qui se sont longtemps heurtés au déni de la société tchadienne. Dans une allusion au poème l’Ennemi, de Charles Baudelaire, Clément Abaïfouta évoque, en des termes particulièrement éloquents, le poids des quatre années de détention au cours desquelles il fut méthodiquement brisé : « Rassembler ma vie avec un râteau ? Est-ce que je le pourrais ? (...) Non, je ne peux pas. »

C’est pour canaliser son désir de vengeance, éviter qu’il ne le détruise à sa sortie de prison, que Clément Abaïfouta a créé l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH). Le film s’achève d’ailleurs sur des images du procès tant attendu. Le rythme relativement lent de ce documentaire participe à lui donner toute sa force, sa solennité. Chaque mot est pesé, chaque plan choisi avec soin. On n’en ressort pas indemne.

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Le 30 mai 2016, l’ex-dictateur, qui s’était réfugié au Sénégal, a été condamné à la prison à perpétuité. L’épilogue d’un long combat judiciaire mené par une association de victimes, présidée par Clément Abaïfouta. C’est celui-ci qui conduit Mahamat-Saleh Haroun auprès d’anciens détenus, revenant, parfois au travers de confrontations avec leurs bourreaux d’hier, sur les horreurs endurées dans les geôles du régime, où près de 40 000 personnes ont trouvé la mort. Les témoignages face caméra sont édifiants, souvent insoutenables. La police politique de Hissein Habré, appelée Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), pratiquait toutes sortes de tortures, décrites ici par le menu. « C’est là-bas que j’ai vu que l’enfer pouvait exister sur terre », lâche l’un des survivants rencontrés.

Ce qui frappe, aussi, c’est le courage et la dignité de toutes ces femmes et de tous ces hommes condamnés à vivre au quotidien avec des séquelles, tant psychologiques que physiques, et qui se sont longtemps heurtés au déni de la société tchadienne. Dans une allusion au poème l’Ennemi, de Charles Baudelaire, Clément Abaïfouta évoque, en des termes particulièrement éloquents, le poids des quatre années de détention au cours desquelles il fut méthodiquement brisé : « Rassembler ma vie avec un râteau ? Est-ce que je le pourrais ? (...) Non, je ne peux pas. »

C’est pour canaliser son désir de vengeance, éviter qu’il ne le détruise à sa sortie de prison, que Clément Abaïfouta a créé l’Association des victimes des crimes du régime de Hissein Habré (AVCRHH). Le film s’achève d’ailleurs sur des images du procès tant attendu. Le rythme relativement lent de ce documentaire participe à lui donner toute sa force, sa solennité. Chaque mot est pesé, chaque plan choisi avec soin. On n’en ressort pas indemne.