Le Monde - Florence Colombani: Brodeuses

7 juin 2017

- REVIEW

" ... Si elle a pour premier effet de détourner le film de la voie sociale où il semblait s'engager, l'intervention de la broderie n'a rien d'un artifice de scénario. Elle permet à ce premier film d'Eléonore Faucher - Grand Prix bien mérité de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2004 - d'imposer une vision de la vie et du cinéma. La broderie apparaît en effet à la fois comme un artisanat, un travail méticuleux qui demande infiniment de patience et d'attention, et comme une œuvre artistique, dont l'accomplissement procure un bonheur indicible. Brodeuses sera donc le récit soigné à l'extrême d'un double apprentissage. Apprentissage d'un métier, bien sûr, superbement filmé : peu à peu, au gré des indications de Mme Mélikian, nous voyons Claire progresser, saisir au vol les nuances de son art.

Apprentissage, aussi, d'un rapport au monde. C'est un chemin vers l'acceptation de la vie que filme Eléonore Faucher avec une élégante simplicité. Il lui suffit pour cela de montrer ses magnifiques actrices au travail, dans les profondeurs de la cave de Mme Mélikian.Lola Naymark et Ariane Ascaride sont savamment assemblées, comme pourraient l'être deux couleurs : le roux des cheveux de l'une ressort au côté de la silhouette endeuillée de l'autre. La malice et l'énergie de l'apprentie contrastent avec la souffrance de sa patronne, écorchée vive.

La cinéaste montre aussi, avec tant de délicatesse qu'elle semble parfois les surprendre par accident, les mille détours que prend leur relation pour passer de la méfiance à une complicité profonde (...) Autant dire que Brodeuses est de ces films qui ont l'extrême délicatesse de considérer un rapport entre deux êtres comme une matière assez précieuse pour être maniée avec subtilité, et, surtout, assez riche pour nourrir une oeuvre."

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" ... Si elle a pour premier effet de détourner le film de la voie sociale où il semblait s'engager, l'intervention de la broderie n'a rien d'un artifice de scénario. Elle permet à ce premier film d'Eléonore Faucher - Grand Prix bien mérité de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2004 - d'imposer une vision de la vie et du cinéma. La broderie apparaît en effet à la fois comme un artisanat, un travail méticuleux qui demande infiniment de patience et d'attention, et comme une œuvre artistique, dont l'accomplissement procure un bonheur indicible. Brodeuses sera donc le récit soigné à l'extrême d'un double apprentissage. Apprentissage d'un métier, bien sûr, superbement filmé : peu à peu, au gré des indications de Mme Mélikian, nous voyons Claire progresser, saisir au vol les nuances de son art.

Apprentissage, aussi, d'un rapport au monde. C'est un chemin vers l'acceptation de la vie que filme Eléonore Faucher avec une élégante simplicité. Il lui suffit pour cela de montrer ses magnifiques actrices au travail, dans les profondeurs de la cave de Mme Mélikian.Lola Naymark et Ariane Ascaride sont savamment assemblées, comme pourraient l'être deux couleurs : le roux des cheveux de l'une ressort au côté de la silhouette endeuillée de l'autre. La malice et l'énergie de l'apprentie contrastent avec la souffrance de sa patronne, écorchée vive.

La cinéaste montre aussi, avec tant de délicatesse qu'elle semble parfois les surprendre par accident, les mille détours que prend leur relation pour passer de la méfiance à une complicité profonde (...) Autant dire que Brodeuses est de ces films qui ont l'extrême délicatesse de considérer un rapport entre deux êtres comme une matière assez précieuse pour être maniée avec subtilité, et, surtout, assez riche pour nourrir une oeuvre."

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