Le Monde - Isabelle Regnier: Comment j'ai détesté les maths

3 juin 2017

- REVIEW

"Partant des lieux communs – la phobie des maths, la terreur qui fait retour à chaque nouvelle interro, les notes au-dessous de 7 qui deviennent une habitude, quand ce n'est pas une fierté… –, le réalisateur, dont on imagine sans mal qu'il a longtemps été lui-même traumatisé par la chose, a fait ce film pour penser contre lui-même. Comment cette discipline qui a fait cauchemarder des générations d'élèves, qui continue, dans la société, d'avoir une connotation si exigeante, peut-elle, au sein de la petite minorité qui a choisi d'y consacrer sa vie, susciter un engouement si absolu, si passionnel ? Pour répondre à cette question, Olivier Peyon (réalisateur en 2006 du film de fiction Les Petites Vacances) s'est rendu aux quatre coins de la planète à la rencontre de créatures étranges, déconnectées des contingences du monde réel, de vrais matheux, en somme, qui auraient aisément trouvé leur place dans un film des frères Coen ou de Tim Burton. (…)

Le mythe de l'austérité des maths, et des matheux infréquentables, se dissout très vite au profit d'une véritable poésie que le réalisateur révèle aussi bien dans l'esthétique des équations qui emplissent les tableaux noirs, que dans la gestuelle, les regards et les propos de ces personnages hors sol, dont l'intelligence phénoménale n'a d'équivalent que l'infinie modestie. (...) Exaltés par leur tableau noir et leurs craies, comme des gamins autour d'un jeu de construction, des scientifiques du monde entier mettent en équation tout ce qui leur passe par la tête, sans jamais se départir d'un sens du jeu très enfantin."

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"Partant des lieux communs – la phobie des maths, la terreur qui fait retour à chaque nouvelle interro, les notes au-dessous de 7 qui deviennent une habitude, quand ce n'est pas une fierté… –, le réalisateur, dont on imagine sans mal qu'il a longtemps été lui-même traumatisé par la chose, a fait ce film pour penser contre lui-même. Comment cette discipline qui a fait cauchemarder des générations d'élèves, qui continue, dans la société, d'avoir une connotation si exigeante, peut-elle, au sein de la petite minorité qui a choisi d'y consacrer sa vie, susciter un engouement si absolu, si passionnel ? Pour répondre à cette question, Olivier Peyon (réalisateur en 2006 du film de fiction Les Petites Vacances) s'est rendu aux quatre coins de la planète à la rencontre de créatures étranges, déconnectées des contingences du monde réel, de vrais matheux, en somme, qui auraient aisément trouvé leur place dans un film des frères Coen ou de Tim Burton. (…)

Le mythe de l'austérité des maths, et des matheux infréquentables, se dissout très vite au profit d'une véritable poésie que le réalisateur révèle aussi bien dans l'esthétique des équations qui emplissent les tableaux noirs, que dans la gestuelle, les regards et les propos de ces personnages hors sol, dont l'intelligence phénoménale n'a d'équivalent que l'infinie modestie. (...) Exaltés par leur tableau noir et leurs craies, comme des gamins autour d'un jeu de construction, des scientifiques du monde entier mettent en équation tout ce qui leur passe par la tête, sans jamais se départir d'un sens du jeu très enfantin."