Le Monde - Sandrine Marques: Au galop

3 juin 2017

- REVIEW

" L'amour, cet état de vacillement permanent, est ce que met en scène Louis-Do de Lencquesaing avec beaucoup de sincérité et en nous épargnant les atermoiements moraux, (...) Paul et Ada s'aiment, sans culpabilité. Le film nous rend à l'évidence de leurs sentiments.

Louis-Do de Lencquesaing marie à l'intime une étude de groupe toute aussi réussie. Sa revigorante galerie de personnages apporte au récit sa vitalité. Un joyeux paradoxe pour un film, hanté par la présence d'un père défunt. La grâce en revient à un casting remarquable. Xavier Beauvois qu'on savait excellent acteur, compose un frère tout en sensibilité et en ironie. Alice de Lencquesaing apporte au film la fraîcheur et le naturel de sa jeunesse, que rattrapent la gravité. Valentina Cervi (qui a illuminé la dernière saison de la série "True Blood") embrase le cadre de sa sensualité mystérieuse.

Mais on retient surtout l'interprétation de la trop rare Marthe Keller. Avec son délicieux accent allemand, son jeu décalé, elle insuffle au film toute sa fantaisie et son élégance. En veuve borderline, vivant comme une châtelaine d'un autre temps, dans sa grande maison normande, elle incarne le troisième temps de l'amour.

Car le film de Louis-Do de Lencquesaing ne saurait se résumer à ses amours aldutérines, nées à la faveur de la crise de la quarantaine. Ce qui rend son propos profondément émouvant, c'est sa capacité à saisir avec justesse tous les âges de l'amour. L'adolescence et ses moments de doutes enchantés, incarnée par la fille de l'écrivain, la renaissance du sentiment amoureux avec Paul et Ada, la maturité avec Mina. Le film bat au rythme de ces différents moments de vie, s'emballe et s'étourdit pour revenir à son tempo mélancolique initial (...). En touchant à l'universalité du sentiment amoureux, Au galop met au pas les reproches de classe pour faire sien le constat de la Gertrud de Dreyer, fil conducteur du film : "L'amour est tout"."

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" L'amour, cet état de vacillement permanent, est ce que met en scène Louis-Do de Lencquesaing avec beaucoup de sincérité et en nous épargnant les atermoiements moraux, (...) Paul et Ada s'aiment, sans culpabilité. Le film nous rend à l'évidence de leurs sentiments.

Louis-Do de Lencquesaing marie à l'intime une étude de groupe toute aussi réussie. Sa revigorante galerie de personnages apporte au récit sa vitalité. Un joyeux paradoxe pour un film, hanté par la présence d'un père défunt. La grâce en revient à un casting remarquable. Xavier Beauvois qu'on savait excellent acteur, compose un frère tout en sensibilité et en ironie. Alice de Lencquesaing apporte au film la fraîcheur et le naturel de sa jeunesse, que rattrapent la gravité. Valentina Cervi (qui a illuminé la dernière saison de la série "True Blood") embrase le cadre de sa sensualité mystérieuse.

Mais on retient surtout l'interprétation de la trop rare Marthe Keller. Avec son délicieux accent allemand, son jeu décalé, elle insuffle au film toute sa fantaisie et son élégance. En veuve borderline, vivant comme une châtelaine d'un autre temps, dans sa grande maison normande, elle incarne le troisième temps de l'amour.

Car le film de Louis-Do de Lencquesaing ne saurait se résumer à ses amours aldutérines, nées à la faveur de la crise de la quarantaine. Ce qui rend son propos profondément émouvant, c'est sa capacité à saisir avec justesse tous les âges de l'amour. L'adolescence et ses moments de doutes enchantés, incarnée par la fille de l'écrivain, la renaissance du sentiment amoureux avec Paul et Ada, la maturité avec Mina. Le film bat au rythme de ces différents moments de vie, s'emballe et s'étourdit pour revenir à son tempo mélancolique initial (...). En touchant à l'universalité du sentiment amoureux, Au galop met au pas les reproches de classe pour faire sien le constat de la Gertrud de Dreyer, fil conducteur du film : "L'amour est tout"."