Lucas Belvaux : "je suis rentré dans le champ presque par effraction"

28 février 2011

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Un réalisateur qui fait aussi l'acteur. De quoi rendre la trilogie encore un peu plus schizophrène ? Entretien à double-fond.

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Vous jouez dans votre propre film...

Lucas Belvaux : J'ai décidé très tard de jouer le rôle, suite à la défection d'un comédien cinq semaines avant le tournage. Je n'ai pas retravaillé le texte en fonction de cette nouvelle donne, j'ai considéré que ce que j'avais proposé à d'autres acteurs était ce que je devais jouer.

De quoi avez-vous discuté avec Lucas Belvaux avant le tournage ?

Je m'étais toujours juré de ne pas jouer dans un film que je réaliserais. Je ne voulais pas être à la fois partenaire de jeu et "regard" sur les autres, pas très envie de supporter mon image tout le temps du montage, peur de manquer d'objectivité. J'ai fait des essais, la scène que je considérais la plus difficile, celle qui avait servi pour les autres comédiens. Je me suis trouvé pas si mal. Ensuite, j'en ai parlé avec mes partenaires, les actrices surtout puisque mon personnage ne croise les autres hommes que de loin. Elles m'ont accueilli avec beaucoup de sympathie. Le fait que je devienne partenaire de jeu n'était pas vécu comme quelque chose de négatif mais comme un acte de solidarité absolue. Elles ont été très généreuses.

Comment définiriez-vous votre personnage ?

C'est un homme qui est seul, un homme dangereux, un homme qui tue, un homme qui se bat, un homme qui va mourir, un homme qui a peur.

Votre jeu était-il différent suivant que vous tourniez dans le thriller, la comédie ou le mélo ?

Non. C'était la règle du jeu, la même pour tous les acteurs. Quel que soit le genre, il ne fallait rien changer. Je voulais savoir si le regard qu'on portait sur des situations et des personnages suffisait à changer la perception du spectateur au point de modifier "génétiquement" une séquence. En gros, est-ce qu'on pouvait créer du rire et du suspense avec la même scène ?

Quel effet cela fait-il d'être dirigé par un metteur en scène qui incarne l'un des rôles principaux ?

Je n'avais pas l'impression d'être acteur. J'avais plutôt le sentiment de continuer à écrire cette histoire, de finir un processus. J'avais plutôt le sentiment d'être un metteur en scène qui rentrait dans le champ, presque par effraction.

Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?

Des souvenirs de gens, d'expériences communes, de joies communes, de difficultés surmontées en commun. Des signes de tension sur des visages. Des moments d'une intensité inoubliable. D'acteurs jouant, s'amusant, se donnant sans compter. Des moments de confiance mutuelle. Des fatigues insurmontables. Des nuits interminables. Des petits jours froids et gris. Des sourires de connivence. Des silences extrêmement denses avant certains "Coupez". Des rires irrépressibles après d'autres. Le soleil se levant sur le glacier de la Meije.