"Marseille est mon langage"

28 février 2011

- ARTICLE

Au moment de la sortie de "Marius et Jeannette", en 1997, Robert Guédiguian revient sur ses origines, les auteurs qu'il admire (Brecht, Pasolini...) et sur sa conception d'un cinéma populaire.

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"Comme tous les Marseillais, mes origines sont mêlées. Mon père est arménien, ma mère allemande. Je suis né à l'Estaque, le petit port entouré d'usines que les Impressionnistes et les Cubistes peignaient au début du siècle et qui, grâce à cela, a fait le tour du monde.

Mon père travaillait sur les quais. Il a eu une vingtaine d'accidents du travail. Par là, peut-être, je garde les yeux grands ouverts sur la réalité telle qu'elle est. Ma mère m'a appris une langue étrangère et le goût de la réminiscence, tant il est vrai qu'elle souffrait du mal du pays. J'ai réussi mes études probablement pour faire plaisir à mes parents.

Je crois en la responsabilité qui existe dans le fait d'être un intellectuel : être une force de proposition pour un public. Pour un public signifie à l'attention d'un public, mais aussi à la place d'un public. Responsable donc et ... porte-parole.

J'aime Brecht, Capra, Pasolini et Ken Loach pour ne citer qu'eux. Je ne travaille qu'avec des amis qui partagent mon point de vue. Cela me permet de perpétuer ma tribu originelle. Comme tous les pauvres, la solitude me tuerait. Marseille est mon langage (lumières et couleurs, architectures et costumes, mer et collines, corps et gestes...). L'art que j'aime le plus est enchâssé dans la réalité. Voilà pourquoi je ne tourne qu'à Marseille.

J'ai fabriqué des petits films avec de petits moyens sur les 'petites gens". Le grand monde, éloigné de la nécessité, me semble par là-même éloigné de toute humanité. Ceci dit, je ne confonds pas niveau élevé et ennui. J'essaie donc de rester en équilibre sur un fil entre discours et narration, entre émotion et intelligence, entre plaisir et attention."

Robert Guédiguian