Parler de tout ce qui fait peur...

28 février 2011

- ARTICLE

«Il y a quelqu’un ?» En entrant dans ce bar désert et silencieux de l’Estaque, Michèle se souvient de l’époque pas si ancienne de son enfance... Y-a-t-il quelqu'un, aussi, dans la France agitée de la fin du XXe siècle pour se poser encore les questions sur l' homme et la société ?

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«Il y a quelqu’un ?» En entrant dans ce bar désert et silencieux de l’Estaque, Michèle se souvient de l’époque pas si ancienne de son enfance, lorsque le café était empli de monde et bruissant de conversations. Elle se revoit petite fille, courant parmi les jambes des ouvriers en bleu de chauffe, à la poursuite d’un jeune garçon qu’elle aimait. «Il y a quelqu’un ?» répond une voix d’homme, sur le même ton interrogatif. Tout est dit, dans cette scène magnifique, non seulement d’un amour d’enfance disparu, mais aussi du passé et du présent de Marseille et de ses habitants, qui en à peine trente ans sont passés du collectif à une solitude pesante. «Je voulais parler de tout ce qui me fait peur», déclare Guédiguian dans la note d’intention de La ville est tranquille. Alors qu’il a toujours –dans sa vie et dans ses films– posé haut et fort la question : «Qu’est-ce qu’être de droite ? Qu’est-ce qu’être de gauche ? », il constate cette fois la grande confusion agitant cette fin de siècle. Dans ses films, il y a parfois des chansons et même un bal, presque toujours la mer et des bateaux, très souvent un bar et une scène d’ivresse. Ce sont ses motifs, comme on le dit d’un peintre, et selon que le cinéaste est dans sa période «rose» ou sa période «noire», il les convoque et les «organise» en comédie ou en tragédie.