Radu Mihaileanu : "Un combat pour s'affranchir de soi"

28 février 2011

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Radu Mihaileanu présente "Va, Vis et Deviens" : "Comme tous mes films, il est né de l’idée de lutte que doit mener l’être humain pour sortir de sa petite carapace qui le serre."

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> S'affranchir de soi"Comme dans tous mes films précédents, Va, Vis et Deviens est né de l’idée de combat que doit mener l’être humain pour s’affranchir de lui-même, pour sortir de sa petite carapace qui le serre. Cela a l’air très théorique et réfléchi, mais en fait je ne maîtrise rien, je me fais cueillir par des histoires qui me bouleversent, qui me choisissent autant que je les choisis. J’ai toujours besoin de plonger mes protagonistes dans une situation dramatique forte pour m’obliger à me poser, avec eux, des questions qui me semblent essentielles.  Va, vis et deviens m'a été inspiré par l'un de mes livres de chevet, Vie et destin de Vassili Grossman. C'est à la fois une injonction d'amour et la parole de la mère, et cela correspond effectivement aux trois chapitres de la vie de Schlomo. " Va ", c'est l'arrachement et le voyage vers la survie. " Vis ", c'est l'adolescence, la rencontre de l'amour et la réconciliation avec la vie. " Deviens ", c'est l'accomplissement de son destin : devenir un homme, tout simplement, et réaliser cet affranchissement dont lui parlait sa mère autrefois."

> L'Enfant des mères"C’est un film autour de la quête désespérée de la mère, et le film aurait pu s’appeler L’Enfant des mères. Schlomo a la chance de tomber sur quatre mères exceptionnelles : la sienne, capable de dire «ce n’est pas mon fils», pour le sauver ; la deuxième, juive éthiopienne, qui retrouve une raison de vivre en recueillant Schlomo et en l’arrachant à la mort ; la troisième, la mère adoptive issue d’une autre culture qui accepte de faire un pas vers Schlomo ; enfin, Sarah, l’amoureuse, qui en devenant mère à son tour finit par comprendre Schlomo, et le renvoie vers sa mère originelle."

> Opération Moïse"Je me souvenais de l’opération Moïse et du rapatriement des Juifs éthiopiens en Israël en 1984/85, mais je n’avais pas pris conscience de l’énormité de cette aventure humaine. Peut-être l’une des plus complexes du 20ème siècle, par les questions qu’elle suscite. C’est grâce à une rencontre avec un juif éthiopien, à l’occasion d’un festival de cinéma, à Los Angeles, que j’ai compris que les Falachas étaient restés «les figurants» de cette opération alors qu’ils en étaient les protagonistes. Cet homme m’a raconté son épopée, son voyage à pied jusqu’au Soudan où tous les Juifs étaient en danger de mort, la vie dans les camps de réfugiés, leur accueil en Israël... J’étais à la fois profondément ému et révolté qu’on n’en parle pas davantage. Je me suis alors emparé de tout ce qui avait été publié sur les Falashas : j’ai ainsi alimenté mon émotion, mon désir de mieux les connaître et peu à peu, mon envie de leur consacrer un film."

> Enquête sur le terrain"Je mûris chacun des sujets que j’aborde au cinéma pendant plusieurs mois voire plusieurs années, avant de les développer. Au bout d’un moment, c’est comme si le sujet me prenait par la main et m’invitait au voyage... J’écris alors un synopsis d’une dizaine de pages et avec mon co-scénariste, Alain-Michel Blanc, nous menons une enquête. Pour Va, Vis et Deviens, nous avons beaucoup lu et surtout rencontré sur place tous ceux qui s’étaient impliqués dans l’opération Moïse : des Éthiopiens, des membres du Mossad, de l’armée et de l’aviation, des sociologues, des historiens, ou encore Gadi Ben Ezer, le seul psychologue qui ait su élucider le mystère de l’âme éthiopienne, et même des Ethiopiens non juifs qui vivent en Israël clandestinement. Nous avons ainsi ramené en France des dizaines d’heures d’enregistrement d’une richesse inouïe qui ont nourri la fiction et inspiré certains dialogues."