Robert Guédiguian : "Vive les films de galopins..."

28 février 2011

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"Les histoires d'amour chez les riches, je n'y crois pas, dit le réalisateur. Ce sont des histoires de domaine, d'alliance, d'argent... De pouvoir." Dans "Marius et Jeannette", le film qui l'a révélé au grand public, le cinéaste parle du couple comme de la solidarité, de la politique comme de l'amour. Ils sont pauvres, et alors ? C'est un conte ? Oui. " Une proposition d'air frais", ajoute-t-il. Pour "générer de la vitalité..."

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Comment définiriez-vous votre film?Robert Guédiguian : C'est une histoire d'amour. Pas Sissi et l'Archiduc. J'ai beau m'évanouir devant Romy Schneider, les histoires d'amour chez les riches, je n'y crois pas. Ce sont des histoires de domaine, d'alliance, d'argent... De pouvoir.Non, une histoire d'amour chez les pauvres, là où il n'y a vraiment aucun intérêt en jeu dans le fait de vivre ensemble... plutôt des soucis supplémentaires.

Pourquoi un conte ?Parce que ce n'est pas vrai. Que tout se passe aussi bien et aussi simplement que cela, c'est faux. La vie n'est pas comme cela. Et croyez-moi, j'en suis conscient. C'est donc une proposition, une envie de lumière, d'air frais, de bonheur, malgré tout, possible.La comédie, le burlesque, le mélodrame, bref les "contaminations stylistiques" sont là pour produire un enchantement, pour générer de la vitalité.

L'argent fait le bonheur était déjà signalé comme un conte...C'est vrai. Ce sont des films vifs, rapides, d'intervention, de circonstances, qui, selon moi, doivent faire rigoler, pleurer et réfléchir. Des films de galopins, espiègles... Cela me fait penser à du théâtre berlinois, d'Agit-Prop.

A propos du théâtre, la cour ressemble étrangement à une scène de théâtre...Absolument. Les voisins de Jeannette constituent le choeur antique. Ce qui me permet d'intervenir dans le débat crucial de la recette de l'aïoli (1), de faire de la publicité pour "L'Humanité" (qui va mal) et pour "Le Monde Diplomatique" (qui va bien), d'insister sur le fait que voter Le Pen ne serait-ce qu'une fois est une fois de trop, que les grandes religions monothéïstes ont une origine commune... Bref, de situer dans son contexte actuel cette histoire d'amour.

Vous ne trouvez pas que sur tous ces thèmes, vous êtes un peu ... hâtif ?Pire, je dis des évidences. Des choses compréhensibles, quoique non comprises. Pour qui je fais des films ? Pour vous qui en savez long sur les risques de l'intégrisme religieux, par exemple, ou pour des gens pour qui ce n'est pas encore évident ? Jusqu'où doit-on être subtil ? N'y a-t-il pas des choses qu'il faut sans cesse réaffirmer sous des formes sans cesse renouvelées ? L'art n'a-t-il pas une fonction pédagogique, politique, sociale... Cela pose quelques questions qui, je crois, n'ont pas de réponses définitives. Selon les moments de l'histoire du cinéma, mais aussi de l'Histoire tout court, les artistes répondent d'une manière ou d'une autre. Ici et maintenant c'est ma manière de répondre.

Que signifie pour vous le ballon représentant la terre qui arrive à l'Estaque?Cela signifie que toutes les histoires du monde peuvent se raconter n'importe où ... Cela signifie aussi que tout individu porte en lui tous les rêves du monde ... Cela signifie aussi que l'infiniment petit est infiniment grand...

(1) L'ail est une plante qui prouve que les classes existent encore, au moins au niveau du goût.