28 FÉVRIER 2011

Shohei Imamura : "Sur quoi repose la nature profonde des femmes ?..."

Extrait de la note d'intention du réalisateur pour son film "De l'eau tiède sous un pont rouge".

"Nous voici au XXIe siècle ; si d'aucuns disent que ce siècle sera celui de la Science et de la Technologie, je pense qu'il sera aussi celui de la Femme. Dans les films que j'ai dirigés au siècle précédent ,que cesoit LE GRAND FRÈRE, COCHONS ET CUIRASSÉS, LA FEMME INSECTE, DÉSIR MEURTRIER, EIJANAIKA, LA BALLADE DE NARAYAMA, ZEGEN..., je montrais des femmes au caractère très fort qui acceptaient leur destin dans un monde qui ne leur accordait alors aucun rôle déter­minant dans la société, ou qui ne voyait en elles que des êtres de toutes façons inférieurs aux hommes. Souvenez-vous d'Orin, la vieille femme de LA BALLADE DE NARAYAMA. Elle ne résiste pas aux lois ancestrales de son village qui éliminent les vieillards de sa communauté. Elle impressionne les villageois non seulement par son acceptation de cette loi, mais aussi par la noblesse avec laquelle elle l'y obéit.

Haruko, dans COCHONS ET CUIRASSÉS n'est jamais désespérée même après avoir été violée par un GI. L'héroïne de DÉSIR MEURTRIER est violée par plusieurs hommes ; elle essaie malgré tout de se préserver une vie familiale heureuse. D'où vient que ces femmes soient si fortes ? Est-ce grâce à leur nature particulière ? J'aime penser plutôt qu'elles usent alors d'une extraordinaire puissance de refus de ce qu'elles ne peuvent accepter tout en le subissant. L'héroïne de ZEGEN renonce à l'amour des hommes. Comment peut-elle être si courageuse ?  Dans DE L'EAU TIEDE SOUS UN PONT ROUGE, à travers mon interprétation du roman de Yo Henmi, je voulais savoir sur quoi repose cette nature profonde des femmes..."