Studio Magazine - Marc Esposito: Le Grand Chemin

3 juin 2017

- REVIEW

" ... à la campagne, on trouve toujours tout ce qu’aiment tous les enfants : l’espace, les animaux, la liberté. Et puis la campagne est hors du temps, hors des modes. Il peut encore s’y passer de belles histoires d’une simplicité et d’une force universelles, éternelles. Des histoires comme celle de Pelo le menuisier, qui aimait Marcelle d’amour fou, mais qui ne pouvait plus l’approcher depuis le jour où... Un couple qui se déchire depuis des années parce qu’à la campagne, on ne mêle pas les étrangers aux histoires d’amour... (...) La rencontre de ces deux destins aux mouvements contraires, la rencontre de l’enfant et du couple, fait toute la force du Grand chemin, en lui permettant de mêler le grave et le léger, le drôle et l’émouvant (...) On sort du film la tête pleine de bonnes choses, rempli d’émotions, de rires d’enfants, de soleil. On n’en voit pas souvent, des films qui laissent des traces si chaleureuses, si positives... (...)

Avec Le Grand chemin, écrit à partir de souvenirs personnels, Jean-Loup Hubert franchit plusieurs paliers d’un coup. Son film s’inscrit parfaitement dans la grande tradition classique française qui va de Jean Renoir à Claude Sautet en passant par le René Clément de Jeux interdits, le Granier-Deferre de La veuve Couderc, le Claude Miller de La meilleure façon de marcher ou de L’effrontée.

C’est bien sûr typiquement un "cinéma d'acteurs” (...) Quand on voit, et c'est la première fois, l'émotion, la douleur, la sobriété naïve dont est capable Anémone dans un tel contexte, on se dit que son emploi "naturel”, finalement, pourrait bien être plutôt côté larmes que côté rires. Pour Bohringer, l’enjeu était très différent. Pour la première fois, il est un vrai "gentil”.

Pour la première fois, on lui a demandé de jouer plutôt ce qu’il est que ce qu'il a l'air d’être. Son humanité débordante n'est pas freinée, et son beau sourire et son beau regard n'ont plus à faire semblant d'être inquiétants. Sa complicité avec l’enfant (parfaitement interprété par le fils du metteur en scène), son émotion quand il raconte, lors d'une promenade en barque, ce qui a brisé son couple, ses éclats de rire, ses gestes tendres, son ivresse exubérante, le désir douloureux qu’il continue d’éprouver pour cette femme-iceberg... Il est magnifique... C’est un rôle qui devrait beaucoup compter pour lui.

C’est sûrement aussi pour cela que Le Grand chemin est si abouti. C'est un film chargé d'enjeux personnels importants, imprégné d’une sincérité et d’une intensité telles que le récit va au-delà de la simple crédibilité, qu’il se met à réveiller en nous des souvenirs ou des douleurs qu'on croyait enfouies à jamais, qu'il nous fait connaître et aimer non des personnages mais des "gens”, des êtres humains."

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" ... à la campagne, on trouve toujours tout ce qu’aiment tous les enfants : l’espace, les animaux, la liberté. Et puis la campagne est hors du temps, hors des modes. Il peut encore s’y passer de belles histoires d’une simplicité et d’une force universelles, éternelles. Des histoires comme celle de Pelo le menuisier, qui aimait Marcelle d’amour fou, mais qui ne pouvait plus l’approcher depuis le jour où... Un couple qui se déchire depuis des années parce qu’à la campagne, on ne mêle pas les étrangers aux histoires d’amour... (...) La rencontre de ces deux destins aux mouvements contraires, la rencontre de l’enfant et du couple, fait toute la force du Grand chemin, en lui permettant de mêler le grave et le léger, le drôle et l’émouvant (...) On sort du film la tête pleine de bonnes choses, rempli d’émotions, de rires d’enfants, de soleil. On n’en voit pas souvent, des films qui laissent des traces si chaleureuses, si positives... (...)

Avec Le Grand chemin, écrit à partir de souvenirs personnels, Jean-Loup Hubert franchit plusieurs paliers d’un coup. Son film s’inscrit parfaitement dans la grande tradition classique française qui va de Jean Renoir à Claude Sautet en passant par le René Clément de Jeux interdits, le Granier-Deferre de La veuve Couderc, le Claude Miller de La meilleure façon de marcher ou de L’effrontée.

C’est bien sûr typiquement un "cinéma d'acteurs” (...) Quand on voit, et c'est la première fois, l'émotion, la douleur, la sobriété naïve dont est capable Anémone dans un tel contexte, on se dit que son emploi "naturel”, finalement, pourrait bien être plutôt côté larmes que côté rires. Pour Bohringer, l’enjeu était très différent. Pour la première fois, il est un vrai "gentil”.

Pour la première fois, on lui a demandé de jouer plutôt ce qu’il est que ce qu'il a l'air d’être. Son humanité débordante n'est pas freinée, et son beau sourire et son beau regard n'ont plus à faire semblant d'être inquiétants. Sa complicité avec l’enfant (parfaitement interprété par le fils du metteur en scène), son émotion quand il raconte, lors d'une promenade en barque, ce qui a brisé son couple, ses éclats de rire, ses gestes tendres, son ivresse exubérante, le désir douloureux qu’il continue d’éprouver pour cette femme-iceberg... Il est magnifique... C’est un rôle qui devrait beaucoup compter pour lui.

C’est sûrement aussi pour cela que Le Grand chemin est si abouti. C'est un film chargé d'enjeux personnels importants, imprégné d’une sincérité et d’une intensité telles que le récit va au-delà de la simple crédibilité, qu’il se met à réveiller en nous des souvenirs ou des douleurs qu'on croyait enfouies à jamais, qu'il nous fait connaître et aimer non des personnages mais des "gens”, des êtres humains."

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