Télérama - Claude-Marie Trémois: La Discrète

7 juin 2017

- REVIEW

La Discrète se situe donc dans la lignée de Rohmer et de Jean- François Amiguet. Voix off, dates ap­paraissant dans un carton (l’action se déroule entre le 24 mars et le début 94 du mois de juin), dialogues abondants (à la fois écrits et comme pris sur le vif), géographie très précise (la place Saint-Sulpice et le Café de la Mairie, la rue de l’Odéon, le Luxembourg, les quais, la rue Trudaine...)

Christian Vincent s’offre même le luxe de deux hommages à Rohmer : la barrière normande contre laquelle pleure Catherine, réplique de celle du Rayon vert, et le proverbe auxois (vrai ou faux?), “Quand on regarde quelqu’un, on n’en voit que la moitié”. Ce qui n’empêche, pas Christian Vincent d’être un auteur. Un vrai. Ses personnages existent. Ils nous intri­guent. On ne sait jamais quand ils mentent ou se mentent. Antoine avait-il réellement le dessein de rompre avec Solange? Et qui est cette Eva avec qui il vit? Quels sont les problèmes qui semblent la ronger? On ne sait rien. Les êtres gardent leur mystère. Même Antoine. Même Catheri­ne. Voilà cet intarissable bavard qui se tait enfin pour écouter la trop discrète Catherine raconter interminablement, de sa voix un peu rauque, si émou­vante, un souvenir indiscret. Et ce mondain, ce snob qui n’est heureux que dans les bars de luxe, écoute ce récit dans une chambre de bonne!

Quelque chose a changé, qui ne sera jamais dit. Car, dans ce film ba­vard - pour notre plus grand plaisir - l’essentiel est ce qui passe entre les mots : dans un silence, un regard, un geste. Deux filles assises face à face au Café de la Mairie sont maintenant côte à côte. Et le regard d’Antoine, quand il les retrouve ainsi, en dit plus long que ses plus longs discours.

On sourit, on rit, sans cesser ja­mais d’être intrigué - et peut-être ému - par ces personnages légers, qui ca­chent leurs blessures sous le masque élégant de la futilité.."

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La Discrète se situe donc dans la lignée de Rohmer et de Jean- François Amiguet. Voix off, dates ap­paraissant dans un carton (l’action se déroule entre le 24 mars et le début 94 du mois de juin), dialogues abondants (à la fois écrits et comme pris sur le vif), géographie très précise (la place Saint-Sulpice et le Café de la Mairie, la rue de l’Odéon, le Luxembourg, les quais, la rue Trudaine...)

Christian Vincent s’offre même le luxe de deux hommages à Rohmer : la barrière normande contre laquelle pleure Catherine, réplique de celle du Rayon vert, et le proverbe auxois (vrai ou faux?), “Quand on regarde quelqu’un, on n’en voit que la moitié”. Ce qui n’empêche, pas Christian Vincent d’être un auteur. Un vrai. Ses personnages existent. Ils nous intri­guent. On ne sait jamais quand ils mentent ou se mentent. Antoine avait-il réellement le dessein de rompre avec Solange? Et qui est cette Eva avec qui il vit? Quels sont les problèmes qui semblent la ronger? On ne sait rien. Les êtres gardent leur mystère. Même Antoine. Même Catheri­ne. Voilà cet intarissable bavard qui se tait enfin pour écouter la trop discrète Catherine raconter interminablement, de sa voix un peu rauque, si émou­vante, un souvenir indiscret. Et ce mondain, ce snob qui n’est heureux que dans les bars de luxe, écoute ce récit dans une chambre de bonne!

Quelque chose a changé, qui ne sera jamais dit. Car, dans ce film ba­vard - pour notre plus grand plaisir - l’essentiel est ce qui passe entre les mots : dans un silence, un regard, un geste. Deux filles assises face à face au Café de la Mairie sont maintenant côte à côte. Et le regard d’Antoine, quand il les retrouve ainsi, en dit plus long que ses plus longs discours.

On sourit, on rit, sans cesser ja­mais d’être intrigué - et peut-être ému - par ces personnages légers, qui ca­chent leurs blessures sous le masque élégant de la futilité.."

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