Télérama - Mathilde Blottière: Les Apaches

3 juin 2017

- REVIEW

" Ce portrait sec et cruel de la Corse contemporaine est signé par un enfant du pays : Thierry de Peretti, acteur et metteur en scène de théâtre (avec une prédilection pour Koltès). Il a tourné à l'extrême sud de l'île, Porto-Vecchio, concentration de contradictions : d'un côté, le modernisme (tourisme de luxe et chantiers pharaoniques), de l'autre, des valeurs ancestrales, que certains revendiquent âprement.

Le réalisateur choisit de filmer l'envers de la carte postale : ronds-points disgracieux, vilains abords de villes, vagues zones industrielles. Rien de reluisant non plus côté mentalité. S'y côtoient un machisme exacerbé et un racisme tous azimuts — anti-arabes, anti-" gaulois ". Chez les riches et les pauvres, chez les mafiosi comme chez les enfants d'immigrés, on parle d'agir " en homme ", de " respect ", mais les seuls liens reposent sur la brutalité et la peur. Dans cette microsociété du non-droit — " Les flics ? Si t'as besoin de rien, tu les appelles ", ironise l'un des caïds —, la plus grande hantise est de " finir dans le maquis " (se faire descendre). Dans les scènes de groupe, particulièrement, le réalisateur instille le malaise et crée la tension. Sa démonstration est limpide : la violence s'impose, désormais, comme l'unique référence de ces ados apaches. Le réalisme du film (servi par d'excellents comédiens, aux accents à couper au couteau !) est d'autant plus efficace qu'il donne à cette histoire, inspirée d'un fait divers, sa vraie mesure. Un côté minable, terriblement dérangeant."

Image illustrating article Télérama - Mathilde Blottière: Les Apaches

" Ce portrait sec et cruel de la Corse contemporaine est signé par un enfant du pays : Thierry de Peretti, acteur et metteur en scène de théâtre (avec une prédilection pour Koltès). Il a tourné à l'extrême sud de l'île, Porto-Vecchio, concentration de contradictions : d'un côté, le modernisme (tourisme de luxe et chantiers pharaoniques), de l'autre, des valeurs ancestrales, que certains revendiquent âprement.

Le réalisateur choisit de filmer l'envers de la carte postale : ronds-points disgracieux, vilains abords de villes, vagues zones industrielles. Rien de reluisant non plus côté mentalité. S'y côtoient un machisme exacerbé et un racisme tous azimuts — anti-arabes, anti-" gaulois ". Chez les riches et les pauvres, chez les mafiosi comme chez les enfants d'immigrés, on parle d'agir " en homme ", de " respect ", mais les seuls liens reposent sur la brutalité et la peur. Dans cette microsociété du non-droit — " Les flics ? Si t'as besoin de rien, tu les appelles ", ironise l'un des caïds —, la plus grande hantise est de " finir dans le maquis " (se faire descendre). Dans les scènes de groupe, particulièrement, le réalisateur instille le malaise et crée la tension. Sa démonstration est limpide : la violence s'impose, désormais, comme l'unique référence de ces ados apaches. Le réalisme du film (servi par d'excellents comédiens, aux accents à couper au couteau !) est d'autant plus efficace qu'il donne à cette histoire, inspirée d'un fait divers, sa vraie mesure. Un côté minable, terriblement dérangeant."