Télérama - Pierre Murat: Voyages

3 juin 2017

- REVIEW

" Parce qu’elle était mal à l’aise avec elle-même, Riwka était le plus souvent montrée de profil. C’est de face qu’Emmanuel Finkiel filme Régine au chevet de son père endormi. Véra, il la filme essentiellement de dos, silhouette inébranlable qui avance dans les rues de Tel-Aviv, en dépit des obstacles, vers le but qu’elle s’est fixé. Et voilà que, brusquement, fugitivement, presque furtivement, les vies de ces trois femmes vont se croiser. Grâce à ce hasard que l’on croirait sorti d’un film de Kieslowski.

Emmanuel Finkiel ne filme pas comme Kieslowski. Il a, Dieu merci, sa personnalité. Unique. Mais tous deux ont visiblement la même idée de l’homme, idée qui traverse aussi le cinéma d’Ozu ou celui de Rossellini. Une idée à la fois exigeante et confiante qui mise sur la sensibilité des personnages et l’émotion des spectateurs. Mais une sensibilité et une émotion pures, délicates, éloignées de toute facilité. Voyages est le plus beau film que vous puissiez voir actuellement. Tout y est évident et complexe, simple et inattendu. C’est - après son moyen métrage césarisé, Madame Jacques sur la Croisette -, la révélation d’un cinéaste qui, dès son premier long métrage, sans avoir l’air d’y toucher, suggère une vision du monde. Et impose sa vision du cinéma."

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" Parce qu’elle était mal à l’aise avec elle-même, Riwka était le plus souvent montrée de profil. C’est de face qu’Emmanuel Finkiel filme Régine au chevet de son père endormi. Véra, il la filme essentiellement de dos, silhouette inébranlable qui avance dans les rues de Tel-Aviv, en dépit des obstacles, vers le but qu’elle s’est fixé. Et voilà que, brusquement, fugitivement, presque furtivement, les vies de ces trois femmes vont se croiser. Grâce à ce hasard que l’on croirait sorti d’un film de Kieslowski.

Emmanuel Finkiel ne filme pas comme Kieslowski. Il a, Dieu merci, sa personnalité. Unique. Mais tous deux ont visiblement la même idée de l’homme, idée qui traverse aussi le cinéma d’Ozu ou celui de Rossellini. Une idée à la fois exigeante et confiante qui mise sur la sensibilité des personnages et l’émotion des spectateurs. Mais une sensibilité et une émotion pures, délicates, éloignées de toute facilité. Voyages est le plus beau film que vous puissiez voir actuellement. Tout y est évident et complexe, simple et inattendu. C’est - après son moyen métrage césarisé, Madame Jacques sur la Croisette -, la révélation d’un cinéaste qui, dès son premier long métrage, sans avoir l’air d’y toucher, suggère une vision du monde. Et impose sa vision du cinéma."

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