Trois générations pour dessiner une utopie collective

28 février 2011

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Le premier film de Robert Guédiguian vraiment remarqué par la presse allie la noirceur des premiers essais à la comédie et impose l'équilibre d'un ton qui est désormais sa marque propre.

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Si la plupart des cinq films précédents de Guédiguian avaient échappé à la sagacité de nombreux  journalistes, A la vie, à la mort !, en 1995, est celui qui révèle le réalisateur à l’ensemble de la presse. C’est sans doute parce qu’il rassemble tous les thèmes évoqués auparavant par Robert Guédiguian, et que malgré une noirceur très proche des films des débuts, quelque chose du «conte» précédent, L'Argent fait le bonheur, fait partie intégrante du propos. C’est une tragédie pleine d’espoir qui met en scène une famille faite de bric et de broc. Un clan, plutôt : au «Perroquet bleu», un cabaret défraîchi du bord de mer, Josepha se trouve trop vieille pour faire son strip-tease quotidien ; Papa Carlossa ressasse la guerre d’Espagne, persuadé que Franco est toujours vivant ; Marie-Sol fait des ménages et porte des offrandes à Notre Dame de la Garde dans l’espoir de devenir enfin maman, son mari Patrick est au chômage, comme José son frère, comme Jaco son meilleur ami, qui est en train de perdre sa femme et ses filles ; la jeune Vénus se prostitue pour payer sa drogue, et Farid, un adolescent volontaire, et amoureux d’elle, décide de l’aider à s’en sortir… Ces trois générations, surtout liées par la déveine, dessinent ensemble une utopie collective, où Dieu, pourtant très sollicité, semble sourd d’oreille, mais où l’Homme prend le relais, avec courage et foi en un futur réinventé. S’ouvrant et se fermant sur les mots d’un patron à travers un poste de télévision : «croyez-moi, c’est tous ensemble que nous fabriquerons un bel avenir pour nos enfants !», le film infirme la proposition en précisant que le «tous ensemble» se situe bel et bien «entre pauvres».