Un scénario jamais tapé à la machine, une équipe qui tient dans une 4L... et l'arrivée de Darroussin

28 février 2011

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Les affaires ne vont pas fort pour Robert Guédiguian au Noël 1984. Alors il écrit vite et seul un scénario ("Ki lo sa ?"), embarque ses amis dans l'aventure, et s'adjoint les services d'un nouveau venu qui ne les quittera plus : Jean-Pierre Darroussin.

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«Le soir du réveillon de Noël 1984, j’ai collé le bourdon à douze personnes !» , se souvient Robert Guédiguian. De moins en moins d’espoir en des lendemains qui chantent et de plus en plus de doutes après l’accueil frisquet réservé à Rouge Midi. Il écrit alors, très vite et seul, l’histoire de quatre amis se retrouvant dans le jardin de leur enfance. Le scénario de ce troisième film, Ki lo sa ? , n’a jamais été tapé à la machine, l’équipe (réduite) tenait dans une 4L, la maison était prêtée par une cousine et les repas constitués de tomates, de jambon et de pêches. Ki lo sa ? marque aussi l’arrivée dans la tribu de Jean-Pierre Darroussin, dit Dada, qui prête son surnom à son personnage d’adolescent attardé ne se résolvant pas à devenir «comme tout le monde». Camarade de Conservatoire d’Ariane Ascaride, catalogué «lunaire rigolo» dans le cinéma français de l’époque (de De Broca à Lautner), Darroussin incarne ici celui qui invite les autres à «se retrouver comme si on ne s’était jamais quittés». Mais si Gitan, Pierrot et Marie, dite Charlot, répondent à l’appel, c'est pour s’apercevoir qu’une fois les souvenirs égrenés et les rires éteints, leur inaptitude à vivre reste entière. Dans le film À la place du coeur, treize ans après, Guédiguian introduira une séquence de Ki lo sa?, soulignant le poids du passage du temps. Avec Darroussin, Gérard Meylan, Pierre Banderet et Ariane Ascaride sont les trois autres noyaux durs de cette «bande des quatre» que l’on retrouvera identique dans le film suivant, Dieu vomit les tièdes, et, plus ou moins éclatée par la suite. Tourné à toute vitesse, «jeté», comme le réalisateur le dit lui-même, Ki lo sa ? est le premier film noir de Robert Guédiguian… mais pas le dernier !  La ville est tranquille et Lady Jane iront plus loin encore.

Isabelle Danel