"Il râle, il
dit qu’elle aurait pu lui laisser le choix. Simon ne saute pas de joie à l’idée
d’être papa. On comprend entre les lignes qu’Emma, sa compagne, a décidé pour
deux. On pressent aussi leur complicité, malgré les dissonances. Mais à peine
a-t-on eu le temps d’entrevoir ce qui se joue entre ces deux-là que tout est
balayé par l’irruption de la maladie. Violente, brutale, mal à propos :
comment peut-on affronter la mort quand on s’apprête à donner la vie ?
Mauvaise farce de l’existence à laquelle doit faire face Emma, qui apprend, au
début de sa grossesse, qu’elle est atteinte d’un cancer du sein.
Virage à 180
degrés : sans crier gare, on plonge avec Emma dans ce monde hors du monde
qui est celui de la maladie. De consultations spécialisées en séances de
chimiothérapie, le film cale sa narration sur le parcours du combattant qui est
celui d’Emma. Une réalité rarement donnée à voir que la réalisatrice Sólveig
Anspach montre ici sans fards ni dramatisation. Parce que la vie, c’est aussi
ça.
Si l’ancrage quasi documentaire confère au film une crédibilité sans pareil
et si le montage au cordeau coupe court à tout pathos, Haut les cœurs
n’évite pas l’émotion mais l’aborde, au contraire, avec une authenticité
poignante. Pour le meilleur et pour le
pire, le couple Emma-Simon – incarné avec grâce par Karin Viard et Laurent
Lucas - s’inscrit dans ce quotidien bouleversé qui n’en reste pas moins le
quotidien. Eclairé par l’humour et l’amour ; miné par les doutes de
l’héroïne sur son pouvoir de séduction – pour sa deuxième chimiothérapie, elle sort
le grand jeu : mini-jupe et fleurettes- ; marqué par l’empreinte de
la mort, palpable, tangible. Ou quand la fin cesse d’être une question
métaphysique pour devenir un horizon bien réel.
Aussi réel que la boule de
billard d’Emma-la combattante qui coupe devance les effets secondaires du
traitement en offrant son crâne à la tondeuse du coiffeur. Aussi réel que le
cri désespéré et rageur de Simon devant les voitures qui continuent de tourner
sur le périphérique quand tout autour de lui menace de s’écrouler. En restituant
avec courage et sans emphase cette réalité-là, Haut les cœurs! nous
injecte, non pas un antidote contre la mort ni contre la souffrance, mais un
précieux concentré de vie, avec ce qui fait sa fragilité, sa force et sa
beauté."