" (...) Dans un décor qui évoque Verlaine ("Dans l’herbe noire/Les Kobolds vont/Le vent profond/Pleure, on veut croire… Plutôt des bouges/Que des maisons/Quels horizons/De forges rouges !"), le film s’enfonce dans des zones de plus en plus dépressionnaires, se charge d’électricité, sans jamais se résoudre en orage. Tendu, donc, comme le jeune héros Billy, traîne-savates qui ne se rend même pas compte, lorsqu’il traverse la cour de l’école en regardant par terre avec ses vêtements gris élimés et ses cheveux courts, qu’il a l’élégance du punk, avec dix années d’avance. Plus tard, les groupes de rock le sauront pour lui et formuleront ce que ce gamin vraiment pas bavard n’a même pas su penser (qu’il n’avait pas d’avenir et tout ça), occupé qu’il était à se construire un imaginaire, un vocabulaire et une histoire à l’aide d’un rapace.
Si, sous sa couche de crasse et d’illettrisme, Billy est tendu et élégant,
Loach l’est aussi lorsqu’il traite avec beaucoup de froideur et d’intelligence ce qui l’est généralement sur le mode d’un anthropomorphisme pathétique et infantile. Car ce qui fascine l’enfant, c’est que, en plus d’être un animal altier et solitaire, le rapace est un oiseau silencieux, y compris lorsqu’il vole, se déplaçant "dans une bulle de silence". Dès lors, l’oiseau n’est pour lui ni un objet sur lequel il pourra porter son affection, ni un passe-temps, ni quelque chose dont il pourra faire son métier lorsque l’éducateur social lui demande s’il a un hobby, Billy ne trouve rien à répondre , et encore moins un ami c’est impossible.
Le faucon représente quelque chose de beaucoup plus important, bien que pas du tout sentimental : un étendard, l’incarnation de ses utopies, quelque chose qui communique directement avec son inconscient."