1920. Un normalien, blessé de guerre, est affecté à l'école de garçons de Salèzes. Il se nomme M. Pascal et, se souvenant de toutes les disciplines imposées par la guerre, rêve d'une école où avant de se faire obéir il se ferait comprendre de ses élèves. Ceux-ci, après la crainte inévitable du premier contact, deviennent vite des amis pour leur nouveau maître.

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Critique (1)

Image et son - Jacqueline Lajeunesse, Nov/dec 1963, n°167/168: L'Ecole buissonnière

" Lorsque le film sortit en 1949, cette "comédie sociale" apparaissait comme un film à thèse, un plaidoyer parfois excessif pour une pédagogie nouvelle, certains critiques signalaient la facilité apparente de la réussite des méthodes actives  qui valaient à tous les élèves le succès au certificat d'études, le "miracle de l'imprimerie" à l'école, panacée pour résoudre tout problème, toute tension à l'intérieur de la classe. D'autres déploraient le schématisme des caractères et s'indignaient de l'aspect caricatural du vieil instituteur, M. Arnault (...)

Depuis, bien des articles ont été écrits sur l'Education Nouvelle, un certain nombre de classes utilisent les méthodes actives (...) de ce fait, L'Ecole buissonnière garde, quatorze ans après sa première sortie, ses qualités d'actualité (...)

Le Chanois traite sans artifice, sans idée apparente de démonstration, un des aspects essentiels du problème pédagogique. Par ses structures, l'école devient un univers clos, "abstrait", coupé du monde (...)

Dans L'Ecole buissonnière, Pascal assume ce rôle d'éducateur par le biais des enquêtes, il intègre la vie du village, les métiers des parents dans l'univers des enfants sans pour autant les enfermer dans un univers anachronique. L'étude des vieilles pierres du village permet aussi aux enfants de connaître la valeur marchande de ce qui est antique. Un jeu sur le torrent fait vivre pour eux la puissance de l'énergie hydraulique.

Avec Pascal, le monde artisanal, industriel, commercial est entré dans la classe. Et ces séquences n'ont en rien le schématisme de la thèse, elles sont vivantes, gaies. Peut-être est-ce leur fraîcheur qui, par effet de contraste accentue le rigorisme, la sécheresse apparente du vieux maître. Faut-il pour autant penser qu'il est une caricature ? Je ne le crois pas.

A plusieurs reprises, très finement, Le Chanois, par un mot, une attitude, une expression fugitive de son excellent acteur, indique les qualités de loyauté, de bonté du vieil homme (...)

L'Education Nouvelle, les méthodes Freinet ont certes intéressé Le Chanois, son film le prouve, mais sa préoccupation majeure, plus que celle d'un pédagogue, demeure celle d'un homme qui croit en la dignité des petits d'homme (...)

On souhaiterait que tous les films à thèse aient les qualité de sensibilité de L'Ecole buissonnière. Car si le film offre matière à réflexion, il situe une aventure humaine et pédagogique dans le cadre d'un vieux village provençal où la vibration de la lumière fait chanter les pierres du torrent comme celles des demeures où la vivace grâce méridionale colore de son pittoresque les comportements, les propos des villageois jusque dans l'injustice, la colère et la vulgarité (...)

L'Ecole buissonnière est un film solidement construit, bien joué, les images sont soignées, la progression dramatique d'une action qui pourrait paraître mince est remarquablement menée, et la démonstration de l'auteur se fond heureusement dans l'animation pleine de fraîcheur de la vie quotidienne.

Ainsi exposés, problèmes humains et problèmes pédagogiques acquièrent le charme ensoleillé, la vivacité d'un récit à la manière d'Alphonse Daudet."