" C’est une œuvre simple, qui illustre modestement son titre le retour d’un homme dans sa famille. (...)Mais cette fable quasi biblique est mise en scène avec une extrême sophistication formelle, presque excessive parfois malgré un budget dérisoire. Bien que l’essentiel du film se déroule sur des routes désertes, en pleine nature, dans des bois, sur des lacs, le cinéaste emploie un appareillage complexe (grues, travellings) et peaufine le moindre plan, formidablement piqué, formidablement cadré. Cette maîtrise est aussi la limite (publicitaire) du film, qui préfère magnifier le réel que le restituer dans toute son imperfection. (...)
Le Retour est évidemment beaucoup plus qu’une partie de camping sauvage, qu’un
Manuel des castors juniors filmé. C’est aussi une vraie tragédie antique. Ce retour du père, deus ex machina, pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Il est nimbé de trop de mystère pour être évident. D’où vient cet homme ? Qu’a-t-il fait tout ce temps ? A-t-il tué, trafiqué ? Ses enfants ne sont même pas sûrs que ce fantôme soit leur paternel.
Ces interrogations implicites fournissent au film sa tension qui perdure d’un bout à l’autre car, contrairement aux thrillers courants, les personnages sont constamment en avance sur le spectateur. On ignore constamment où tout cela nous mène. Quel est le but de l’expédition ? Que contient cette caisse sortie de terre que le père dissimule dans la barque (on ne le saura pas car le rafiot coulera) ? C’est la force du film, de laisser tout en suspens, en pointillé, tout en restant concret, physique, sensoriel. (...)
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La tonalité fantastique du film ne provient pas d’un quelconque bluff scénaristique ou d’un événement surnaturel, mais simplement du réel observé avec acuité. Par exemple, la scène dans le bateau abandonné où les deux enfants vont pêcher réveille en nous les histoires de vaisseaux fantômes. C’est en définitive un film qui renoue avec l’aventure au sens de Conrad, de Stevenson, ou du Fritz Lang de Moonfleet : la nature sublimée par la notion de danger et d’inconnu.
En même temps, c’est une œuvre très scénarisée, qui forme une boucle tragique, en rééditant la figure qui avait amorcé le film : le saut dans le vide, le vertige. La terreur du petit Andreï (Vladimir Garine qui est d’ailleurs mort noyé après le tournage) de se jeter dans la mer du haut d’un plongeoir de fortune pour ne pas perdre la face devant ses copains trouvera un écho dans l’épisode de la tour en bois plantée au milieu d’une île, que père et fils escaladeront. La scène primitive du plongeoir est celle qui va conditionner tout le climat du film, fondé sur le rapport au courage, à la virilité. La rébellion permanente d’Andreï, hostile à l’autorité de son père, est le ferment de la tragédie aussi brusque qu’inattendue qui va le clore.
Que rêver de mieux : un film d’une simplicité biblique qui nous tient en haleine de bout en bout sans utiliser les ressorts du cinéma de genre ; une immersion un peu inquiétante dans un monde naturel où l’on perd ses re-pères. Splendide. "