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"Le voyage de la peur" d'Ida Lupino (1953)

Embarqué par deux amis, un auto-stoppeur se révèle être un "serial killer"... Réalisé en 1953, un "road trip" macabre où la cinéaste Ida Lupino fait une fois encore montre de sa liberté et de sa remarquable acuité.

S’échappant pour une partie de pêche en cachette de leur femme, Roy et Gilbert, deux amis, embarquent sur la route un auto-stoppeur. Plutôt taiseux, le voyageur se révèle bientôt être Emmet Myers, tueur en série d’automobilistes peu méfiants. Une arme à la main, il prend en otages les comparses, avec l’intention de les éliminer une fois la frontière mexicaine franchie. En parallèle, les polices des deux pays mènent l’enquête dans une haletante course-poursuite pour tenter de mettre la main sur le criminel, recherché pour des meurtres similaires. Constamment humiliés et sous la surveillance d’un tueur dont l’œil ne se ferme jamais, Roy et Gilbert entament un road trip macabre.

Masculinité d’après-guerre
Avec ce film noir – le premier à être réalisé par une femme –, Ida Lupino s’éloigne de ses thématiques sociétales de prédilection et de son style caractérisé par une approche quasi documentaire pour s’essayer avec maestria aux codes du genre. Puisant dans un fait divers, la cinéaste s’attache, à travers ces corps ballottés dans un cauchemar, à disséquer cette fois la masculinité d’après-guerre. Car au-delà de leurs rôles de victime et de bourreau, les otages et le tueur partagent un certain sentiment de désolation, suintant la défiance envers l’autre. Prétendument amis, Roy et Gilbert, confrontés à une situation critique, peinent à rester solidaires dans l’épreuve. Dans l’étouffant huis clos d’une voiture où nul ne peut échapper à son destin, un thriller vif et terriblement malin.