Ce qui fait l'importance de Lola, c'est évidemment sa beauté première, l'élégance de sa forme, la nonchalance de chaque trait et la fermeté de l'ensemble, la grâce de son déroulement, bref, le continuel bonheur de la mise en scène.
Lola porte un coup définitif, me semble-t-il, à des oeuvres comme Le Cri ou Le Septième Sceau, qui apparaisent lointaines, démodées, s'agitant en vain au niveau du signe et de l'allégorie.
Demy, aussi naturellement cinéaste que Mozart musicien, a fait avec Lola un film où le plaisir de filmer justifie tout. Et cela le dispense du même coup de se préoccuper de métaphysique, ce qui a désarçonné les bons esprits qui n'ont vu dans Lola qu'un simple divertissement sans signification précise. Le Concerto du Plaisir de Vivaldi, la Jeune Fille au Turban bleu de Vermeer n'ont pas de signification précise, eux non plus. Mais ils nous aident à vivre ".