""... symptomatique d'une brève période vraiment révolutionnaire, esthétiquement et politiquement (où en trouver l'équivalent dans la production des nouveaux régimes de l'Est ?). D'abord par la conception des décors et des costumes signés de 'lincomparable Ester Krumbachova, qui avait dominé les films de différents auteurs de la nova vlna.
Conception (parente de celle du scénographe-démiurge Piero Gherardi à Cinecitta) qui devient tout de suite une expression d'attaque politique contre la classe dirigeante : accoutrements, monstruosités, excès, surabondants dans L'Oreille, dans les scènes déconcertantes de la fête au palais du président, filmée par une caméra "officielle" qui se complaît à en exhiber la corruption pompeuse : le point culminant en est une grotesque interview (particulièrement rayée, marquée sur la pellicule, comme si un censeur furieux avait voulu la détruire à coups de dents !) d'un général soviétique qui se félicite d'avoir défendu le régime tchèque (nous sommes quelques mois après l'invasion de Prague par les tanks).
(...) Humour au cyanure, comme dans les pièces d'alors de Hrabal ou de Havel. On vraiment envie de connaître toute l'oeuvre (nourrie) de Kachyna, avant et après 68, pour y replacer ce prophétique et omniscient film."