" Des cris d'enfants, leurs regards épouvantés, l'obscurité menaçante... D'emblée s'installe la peur. Une peur complètement physique, irraisonnée. Celle que l'on a éprouvée, tout petit, devant le loup ou le gendarme qui arrivaient derrière le héros du théâtre de marionnettes. Ce climat oppressant ne cessera qu'à la dernière image. D'autant plus angoissant qu'aucun indice logique ni psychologique ne vient nous aider à nous défaire de cette terreur. La caméra cadre et décadre l'action. On ne voit pas tout. On ne sait pas tout. Un homme tue des femmes. Pas de sang. Des images floues. Trop sombres. Mais un impact de sauvagerie intense. Bruits insupportables de la souffrance. Notre imagination fait le reste. Vient la rencontre du tueur, sombre, avec une femme, nommée Claire. Le ciel est toujours lourd, les paroles rares, l'anxiété envahissante. Au bout du chemin, la lumière. Peut-être. Le monde des humains se remet en marche. Presque au ralenti. Sombre porte son titre comme un manifeste: éthique et esthétique. OEuvre plastiquement remarquable, le premier film de Philippe Grandrieux s'apparente à une éprouvante plongée dans les ténèbres de la douleur. Sans distanciation. Ecorchée vive."