"Ce film très beau, obscur de par sa clarté extrême, ne lègue que des vérités élémentaires, à la fois profondes et naïves, sur l’amour, la recherche du sens et l’art du cinéma.
C’est la règle, chez Oliveira : des énigmes sont présentées qui ne renvoient à rien d’autre qu’à elles-mêmes. Enigmes du seuil entre la vie (entravée) et la mort (sublime). Amour de perdition (1976), qui fait partie de ce qu’il nomme sa «tétralogie des amours frustrées», suit des amants éperdus passer leur vie à empêcher leurs retrouvailles, pour se rencontrer dans la mort grandiose qui les sépare.
Oliveira a mis en scène l’empêchement radical en nous promettant à chaque fois toutes les passions : il est le maître pervers du paradoxe. Les mourants s’adressant aux mourants n’ont que cette réplique à la bouche : «Vis !» L’idée centrale et simple de son cinéma aura été aussi celle du siècle qu’il a incarné par sa longévité et qui était celui du cinéma : la vie - une idée neuve - a remplacé le destin, qui est illusion théâtrale, tragique. La mort promet à la vie un sens qu’elle ne lui donne jamais. L’énigme du «film posthume sur la vie» devient logique : le secret, c’est qu’il n’y a pas de secret, comme chez James. Le motif finit au tapis, mais nous, toujours déjà posthumes, délivrés du sens de la mort, nous pouvons nous sentir absolument vivants."