" Si, chez Mouawad, le Liban a perdu son nom, c’est qu’il a tout fait pour entretenir la propre amnésie de sa folie furieuse. Un pays qui a amnistié en globalité, un pays sans monument aux morts, sans mémorial, un pays qui fait tout pour contourner la vérité sur sa propre guerre (soit en l’attribuant aux autres, soit en l’enfouissant) prend le risque définitif de perdre sa racine même, donc le fil de son histoire. C’est ce silence qu’Incendies ausculte. A la fois pour dire ce qu’il recouvre et à la fois pour le regarder comme silence, et voir ce que ce silence projette comme abyme. L’obvie et l’obtus.
(...) [Villeneuve] arrive à regarder avec lucidité toutes les contradictions du récit de la mère (magnifique Lubna Azabal, qui livre l’interprétation la plus forte, donc ferme, qui soit), il touche à quelque chose qui, concernant cette guerre, n’avait jamais été figuré. Il est à bonne distance, dans un endroit où toute distance était interdite. Qui dit incendies dit brûlure. Vous serez brûlés. Qui dit incendies dit essence. Vous connaissiez l’incendie libanais, vous en avez vu (aux infos) le nuage noir. En voilà l’essence."