" On attend que les couples s'intervertissent, que des baisers s'échangent, que l'un profite de telle situation, il n'en est presque rien. Toute l'énergie est donnée à la répétition de la pièce, et cette énergie, c'est celle de l 'amateur, mélange d'innocence et d'intelligence du cœur (...)
C'est par cet éloge de l'amateurisme, comme rapport au monde, que Dietschy rejoint un cinéaste comme
Jean-Claude Biette, qui avait justement fait du théâtre amateur l'un des thèmes central de son cinéma. Dietschy aurait pu lui emprunter cette réplique du
Champignon des Carpathes : « La vie est trop courte pour que nous soyons autre chose que des amateurs ».
Comment donc filmer la moindre lutte avec si peu d'obstacle, avec la simplicité de cœur des uns, la persévérance dans le travail des autres ? C'est l'histoire de
Julie est amoureuse, et l'art du paradoxe de Dietschy : filmer des gens au travail au cœur d'un film de vacances, des conflits sur arrière-fond de bonheur, comme on ferait s'entrechoquer des plumes.
L'autre paradoxe, c'est la façon qu'à Dietschy de dilater la narration à l'intérieur d'une forme pleine, extrêmement maîtrisée. Tel un élastique, le film se distend, se ramifie d'autant plus qu'il est sûr de retrouver sa forme initiale – c'est peut-être au fond simplement la loi du classicisme américain qui innerve
Julie est amoureuse.
On pense à Lubitsch comme à son élève Billy Wilder, et plus particulièrement au tardif
Kiss me, stupid, à qui Dietschy emprunte à la minute près son ambitieuse durée : 2h06. Cette influence n'est pas pour rien dans l'étrangeté du film : on a parfois l'impression d'avoir à faire à une traduction française du classicisme hollywoodien. Dans le passage de l'un à l'autre, un reste demeure indompté, intraduisible dans les termes du cinéma français, et laissé comme tel, à moitié traduit, à cheval entre deux langues, ce qui produit un exotisme de toutes les scènes.
Modèle d'écriture,
Julie est amoureuse allie parfaitement l'aventure sentimentale, le désir de l'intrigue et la clôture classique. Il faut ainsi penser à son titre, mystérieux, l'avoir en tête tout du long, tant ce mince et fluet « Julie est amoureuse » étonne au regard de la profusion d'intrigues et de personnages.
Le titre résonne alors comme ce qui insiste à travers la cacophonie : le gentil badinage estival est en fait une comédie sur le travail, le sérieux, la vocation, la fidélité à soi-même, qui trouvent dans ce classicisme la forme la plus apte à les recevoir. C'est en s'avançant masqué, en se faisant prendre pour ce qu'il n'est pas, que
Julie est amoureuse finit de réconcilier les opposés : il n'y a pas plus sérieux que la comédie, pas plus exigeant que l'amateurisme, le travail ne s'oppose pas à l'amour, il le comprend, peut-être même le dépasse, et si Julie est amoureuse, c'est de sa vocation."