"Si
Toni demeure aujourd'hui un film absolument remarquable, c'est aussi par rapport à
Renoir. Reprenant les motifs déjà à l'œuvre dans les films précédents la jalousie poissarde et le meurtre rappellent
La Chienne, le badinage amoureux et certains personnages secondaires renvoient à
Boudu ,
Renoir concocte dans
Toni des mixtures formelles qui vont nourrir ses grands films à venir : le mouvement du train qui assure la structure circulaire de la fiction sera repris dans
La Bête humaine ; les déplacements de caméra suivant les acteurs dans le dédale de la nature annoncent
Partie de campagne ; le travail sur les échelles de plan anticipe le final de
La Grande illusion...Film historiquement fondamental et fort révélateur de la pratique du cinéaste dans les années 30,
Toni, comme tous les Renoir, n'arbore pourtant jamais la défroque du grand œuvre intimidant.
Ici, tout est simple comme une poignée de main fraternelle et transparent comme la lumière provençale inondée de soleil. Rien que de l'anodin magnifié par la mise en scène. Plus que jamais, Renoir fait sienne la sentence de Flaubert concernant la pratique littéraire : "Etre présent partout mais visible nulle part." A l'instar du grand Gustave, les arabesques de Jean le patron désignent un art inimitable de l'amour du réel. Ce qui justifie le détour par la case cathodique."