"Lutter, c’est alors avant tout l’ action du personnage et ce sont ses mains qui l’accomplissent. Dès le premier plan du film, c’est d’ailleurs la main sur la portière de la voiture qui esquisse un geste qui pourrait être celui de la liberté.
Bresson refuse toute dramaturgie par le titre car il nous invite à nous interroger sur les circonstances matérielles et sur les étapes de l’itinéraire spirituel qui amènent Fontaine à s’échapper. Tout est ramené à l’homme et à sa conscience. Prisonnier, battu, condamné, jamais Fontaine ne se résigne mais construit les conditions matérielles de sa liberté en rejetant intérieurement toute morale du renoncement. Lutter, c’est opposer au destin sa volonté. Et si l’action se réduit aux choses ( les objets) et aux gestes, elle donne à l’obstination de Fontaine non pas une dimension psychologique mais métaphysique. Aussi
Un condamné à mort s’est échappé dépasse le cadre d’un événement historique : ce que
Bresson filme n’est pas la Résistance ou un résistant mais l’effet que l’esprit de résistance accomplit.
Le vent souffle où il veut car par sa ténacité et sa volonté Fontaine s’évade et est sauvé. L’Histoire reste aux bords de l’image, laissée à la périphérie de l’action principale, et celle du film fait alors de cette évasion autant une libération qu’un salut. Là est la puissance du cinéma de
Bresson et sa grandeur : filmer non la chose mais l’effet qu’elle produit. La Résistance, c’est d’abord des actes. Et des actes intimes, métaphysiques . Regarder ce film qui prend ”
le contrepied de toutes les formes de cinéma existantes”, c’est aussi voir plus encore et regarder en soi."