" Outre le bonheur évident qu'il y a à voir
Fanny Ardant, Bogart et Bacall à la fois, s'agiter en imperméable pour tenter de résoudre le mystère de la série de meurtres qui agite une petite ville du Var,
Vivement dimanche ! réjouit par son orientation délibérément ludique. Car, au fond, tout cela est un jeu. Pour Truffaut, d'abord, dont l'invention visuelle paraît joyeusement stimulée par son admiration cinéphile pour un genre qu'il avait déjà visité (
Tirez sur le pianiste,
La Mariée était en noir). Mais aussi pour les personnages, qui ont lu des livres et vu des films et savent donc bien comment ce type d'histoire fonctionne. Ainsi, Fanny Ardant a gardé, sous son imper, le costume de la pièce de théâtre qu'elle répète en amateur, manière de suggérer qu'elle a juste changé de rôle. Et lorsque, une voiture de police approchant dans la rue, elle se précipite sur
Trintignant (son patron et le suspect n°1) et l'embrasse face à un mur pour le cacher, c'est parce qu'elle a "vu faire ça au cinéma".
Cette façon de suggérer que les personnages aussi "se font leur cinéma", qu'ils sont un peu des spectateurs devenus acteurs (quitte à hésiter un moment: "on peut attendre et voir la suite..."), renouvelle intelligemment le genre, aussi loin de l'exercice de style scolaire (et passéiste) que de la parodie sans conséquence, deux écueils brillamment évités par Truffaut dans ce qui fut hélas ! son dernier film."