“Ce qui m’effraie le plus au monde” - Le tueur de l'ombre

8 septembre 2020

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Romancière et scénariste danoise, Ina Bruhn a notamment travaillé sur les séries "Dicte", "Occupied" et "Norskov, dans le secret des glaces". Avec "Le tueur de l’ombre", elle met l’accent sur les sensations fortes, tout en abordant de manière originale la question des violences faites aux femmes.

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L’originalité du « Tueur de l’ombre » est d’utiliser la forme du thriller pour évoquer les violences faites aux femmes. Comment est née cette idée ?

Ina Bruhn : La société de production à l’initiative de la série m’avait donné deux consignes. Premièrement, donner d’emblée au spectateur l’identité du tueur, afin d’axer le développement de l’enquête sur la dimension psychologique du récit. Ainsi, on ne se pose pas la question “qui a tué ?”, mais “pourquoi ?” Deuxièmement, écrire une histoire qui fasse peur. Je suis donc partie de ce qui m’effraie le plus au monde… Si Le tueur de l’ombre est un thriller, il était important pour moi que la série ne soit pas qu’un divertissement. Jusqu’à présent, je n’avais jamais écrit quelque chose d’aussi sombre.

 

Le contexte de libération de la parole chez les femmes victimes de violences a-t-il joué un rôle dans la genèse de la série ?

Ina Bruhn : Certainement. D’ailleurs, il était essentiel que la série prenne en compte la violence quotidienne faite aux femmes, et pas seulement la violence “spectaculaire” qui est le point de départ de l’intrigue policière. C’est pourquoi l’héroïne, Louise Bergstein, travaille comme psychologue dans des groupes de parole dédiés aux femmes victimes de violences. On se devait de montrer aussi cette réalité-là. Il faut bien dire que, dans ce genre de thrillers, les femmes victimes se réduisent souvent à des cadavres. Je tenais à ce que, dans cette série, il y ait des victimes qui se battent, physiquement et psychologiquement – en d’autres termes, qu’elles soient vivantes.

 

Il y a donc, derrière le thriller, un travail de documentation ?

Ina Bruhn : J’ai fait beaucoup de recherches, à la fois sur les thérapies de groupe menées par les associations, et sur le métier de profileur, sur lequel les Américains ont largement écrit. J’utilise l’enquête policière comme un moteur pour faire avancer l’intrigue, mais ce qui m’intéresse, c’est l’intériorité des personnages. C’est le principe du profilage : essayer de comprendre pourquoi un criminel agit comme il le fait. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène