“L’histoire d’Anna ressemble à un conte”

20 septembre 2021

- ARTICLE

Figure phare de la littérature italienne, Niccolò Ammaniti (« Je n’ai pas peur », « Comme Dieu le veut », « Moi et toi »...), à qui l’on doit aussi la série « Il Miracolo », revient sur l’adaptation à l’écran de son roman « Anna ».

Image illustrating article “L’histoire d’Anna ressemble à un conte”

Comment vous est venue l’idée d’explorer le genre postapocalyptique ?

Niccolò Ammaniti : Avant d’entreprendre Anna, j’avais déjà écrit plusieurs romans dont les héros étaient des enfants, et les adultes, des personnages secondaires. Je me suis demandé : pourquoi ne pas essayer de les supprimer complètement ? C’est ainsi que j’ai imaginé l’irruption d’un virus qui décime toute la population adulte. Je ne m’intéresse pas particulièrement à la science-fiction, c’était seulement un prétexte pour réaliser une expérience d’ordre anthropologique : créer un monde où il n’y aurait que des enfants, voir comment ils peuvent survivre par eux-mêmes et ce qu’ils peuvent se transmettre.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de transposer votre roman à l’écran ?

Niccolò Ammaniti : Une série m’offrait la possibilité de développer de nouvelles histoires, qui m’étaient venues en tête depuis la publication du roman en 2015. Pour moi, les histoires ne sont jamais définitives et je prends beaucoup de plaisir à les faire évoluer. Anna est donc une adaptation très libre de mon roman. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de voir plusieurs de mes livres adaptés par d’autres réalisateurs. J’avais envie de me confronter à un nouveau défi, en entreprenant moi-même ce travail de transposition.

 

Que raconte le parcours d’Anna ?

Niccolò Ammaniti : C’est une orpheline qui doit devenir mère à son tour. Elle éprouve un sentiment de culpabilité intense, qui lui donne la force de surmonter les épreuves. Pour moi, la liberté seule n’est pas viable : on a besoin de se sentir coupable pour pouvoir tendre vers l’avenir. L’histoire d’Anna ressemble à un conte, on l’accompagne dans un voyage qui la confronte à des obstacles de plus en plus difficiles. Elle souffre pour pouvoir renaître à travers un nouvel espoir.

 

Qu’avez-vous ressenti quand la pandémie de Covid-19 a débuté ?

Niccolò Ammaniti : Nous étions en plein tournage en Sicile, presque coupés du monde. Ce n’est que progressivement que j’ai commencé à comprendre qu’on allait vivre quelque chose de semblable à l’histoire que nous racontions. Le tournage a été interrompu pendant trois mois, et quand nous avons pu terminer les prises de vues, la pandémie était bel et bien autour de nous. Cet entrelacement de la fiction et de la réalité a constitué une expérience très étrange.

 

Comment avez-vous dirigé les enfants ?

Niccolò Ammaniti : Ils ont été merveilleux, absolument naturels et engagés. Mon souci était qu’ils se comportent dans cet univers exactement comme dans la vie normale. Les personnages sont plongés dans un monde impossible, mais ils montrent des sentiments simples et agissent selon leur cœur.

 

 

Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène