Notre ami l'atome, un siècle de radioactivité - Victimes irradiées

18 août 2020

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Dans un documentaire saisissant diffusé à l’occasion des 75 ans d’Hiroshima, le réalisateur japonais Kenichi Watanabe remonte la piste des victimes de la radioactivité à travers un siècle d’histoire.

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Depuis la catastrophe de Fukushima, c’est votre troisième documentaire sur le système nucléaire. Pourquoi une telle obsession ? Kenichi Watanabe : Le 11 mars 2011, jour de l’accident, a été un traumatisme. Installé à Paris, j’étais à Tokyo pour le tournage d’un documentaire sur Hiroshima. Face à la sidération, j’ai essayé de comprendre ce qu’il se passait. Je me suis heurté à une boîte noire, une absence totale de transparence. Le travail que j’ai initié depuis est né de cette volonté d’éclairer un système nucléaire particulièrement opaque.

 

Quel a été votre angle d’attaque cette fois-ci ? Kenichi Watanabe : Après avoir rencontré les victimes de la catastrophe dans "Le monde après Fukushima", puis m’être intéressé aux enjeux de cette industrie dans "Terres nucléaires – Une histoire du plutonium", j’ai voulu retracer l’histoire de la radioactivité par le biais d’épisodes déjà connus mais en pointant leur similarité à travers les décennies. Des radium girls* aux victimes de Tchernobyl en passant par les pêcheurs irradiés lors des essais américains de Bikini dans les années 1950, à chaque fois, il y a eu dissimulation et minimisation. Le problème est que le lien entre radioactivité et maladies n’est pas prouvé scientifiquement. La causalité est évidente mais on ne peut parler que de probabilité. Il n’y a donc pas de véritables procès ni de réelles indemnités.

 

Les États ont également voulu convaincre des bienfaits de cette technologie... Kenichi Watanabe : C’est l’origine du titre de « Notre ami l’atome », qui fait référence au film de propagande "Our Friend the Atom", produit en 1957 par les studios Walt Disney. Les Américains voulaient exporter leur technologie, ils ont donc fait en sorte de dissocier l’image négative du nucléaire liée à la bombe et son usage civil, lequel permet notamment de fabriquer de l’électricité. Dans ce documentaire, j’ai voulu réunir en contrepoint les victimes des deux côtés, militaire et industriel.

 

Comment voyez-vous l’avenir ? Kenichi Watanabe : Il ne faudra pas moins de quarante ans pour démanteler la centrale de Fukushima. Par ailleurs, une trentaine de procès sont en cours. Plus que pour des indemnisations, les habitants luttent pour qu’on ne les oublie pas. Ils veulent faire valoir leur dignité.

 

Propos recueillis par Laetitia Moller

 

*Ouvrières américaines exposées à la peinture au radium au début du XXe siècle